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Demain est à construire ensemble

Un résumé de l'intervention de Jacques Gaillot à LLN

Jacques Gaillot
Cet article n'a pas été publié dans une de nos revues

Jacques Gaillot a passé avec nous l'après-midi du samedi 16 avril, à Louvain-la-Neuve. Philippe Liesse s'est essayé à condenser le contenu de son intervention, entre Eglise et société, rencontres et modernité, cheminement et espérance.

Sylvie Kempgens

 "Loin, loin de Rome, mais toujours catholiques". Tel était le titre d'une émission sur Arte, qui voulait montrer combien est grande la variété de chrétiens. Il y a ceux qui essaient de réformer l'Eglise avec courage, en la transformant de l'intérieur. Il y a des chrétiens altermondialistes, qui sont résolument en dehors de l'institution, qui essaient de reélaborer la pensée chrétienne. Il y a des pentecôtistes, qui ont le vent en poupe, qui donnent la priorité à leurs émotions. Il y a ces femmes ordonnées diacres en Autriche, au Canada, en France, qui estiment qu'il faut vivre la transgression et aller de l'avant, dans des actes provocateurs. Il y a cette communauté de base au Brésil, où les pauvres sont acteurs de leur libération. Il y a cet évêque de l'Opus Dei, au Salvador, qui célèbre une messe dans la cathédrale, pour la classe dirigeante, tandis que dans le même temps, dans la crypte en sous-sol, un prêtre célèbre pour les pauvres.
L'Eglise catholique, c'est ma famille, qui est une mosaïque. Mon point de départ et d'ancrage, ce sont les pauvres et les exclus.

 Le Père Congar disait : "Le monde, c'est la santé de l'Eglise." Il est donc primordial de partir du monde, de se laisser questionner par le monde. Il change, et il change vite. Plus rien n'est protégé ; nous avons le sentiment de marcher sur un sol qui se dérobe.
Une première caractéristique de ce monde, c'est la montée en puissance de l'individu : prise en compte de l'expérience personnelle, appropriation personnelle de la vérité, droit à la réalisation de soi et à l'épanouissement de sa vie. Dans ce contexte, le discours normatif est mort. La conformité comme valeur fait place à l'authenticité.
La deuxième caractéristique est l'avancée du droit. Chaque fois que le droit progresse, il transforme les objets en sujets. Quand la nature était considérée comme un objet, elle pouvait être dilapidée sans retenue. On assiste aujourd'hui à la redécouverte de la relation unitaire de l'être humain et de la nature. La nature devient sujet, elle a des droits ! On ne fait pas n'importe quoi avec elle !
De même, l'Eglise est condamnée à faire un énorme effort pour reconnaître en son sein, les droits humains : égalité des femmes et des hommes, accès des femmes à l'ordination, choix libre du célibat pour les prêtres, droit pour chacun d'être respecté dans son orientation sexuelle, etc…
 Une troisième caractéristique est l'ouverture de l'individu à l'humanité toute entière. Nous sommes invités à être d'abord des citoyens du monde, des habitants de la planète. Nous appartenons à la famille humaine, avec le droit de croire ou de ne pas croire. La religion est essentiellement un choix. Notre horizon, c'est l'humanité. Et si nous sommes chrétiens, c'est pour l'humanité. Il nous faut donc sortir, aller vers les autres. Merci à Jean-Paul II de m'avoir fait sortir d'Evreux.
 Une quatrième caractéristique, c'est le progrès de la démocratie. Malgré les freins évidents actionnés par ceux qui veulent se garder le pouvoir, la démocratie est en marche aux quatre coins du monde.
Dans une de leurs déclarations, les évêques de France disaient : "La démocratie est le modèle de gouvernement le plus humanisant." Pourquoi dès lors l'Eglise n'applique-t-elle pas ce modèle à son organisation interne ? Parce qu'elle n'est pas une démocratie, répond-on ! Certes, aucun régime ne peut rendre compte de l'Eglise comme société de grâce et de salut, dont le Christ est le seul Maître. Pas plus la monarchie que la démocratie. C'est cependant dans le modèle monarchique qu'elle a puisé bien des éléments de sa structure. Or, il y a une profonde connivence entre les vertus démocratiques et les vertus évangéliques.

Dans ce monde nouveau, comment l'Eglise peut-elle renaître ?
La renaissance est possible si nous voulons bien redécouvrir l'espérance. Et l'espérance consiste à vouloir traverser la détresse sans se laisser écraser par elle. L'espérance naît toujours sur un terreau difficile, qui est fait de souffrance, de détresse, d'échec. Telle est l'expérience de Jérémie, qui garde confiance en la réalisation de la promesse, malgré tous les déboires. Cette réalisation passera par une transformation intérieure, celle du cœur.
 Nous devons aussi nous demander si nous devenons plus humains ? C'est vraiment le signe de la route à suivre ! Sommes-nous des personnes au cœur de chair, au cœur élargi, au cœur ouvert ? Sommes-nous prêts à nous mettre en chemin, à la rencontre des autres, comme Jésus en croix, qui s'ouvre au larron ?
 Il nous faut continuer à lutter, sans haine ! Nous n'attendons pas une réforme de l'Eglise pour être heureux. L'Eglise évoluera par nos choix personnels. Notre priorité doit être le service du lien, de la rencontre. Dans un réseau, il n'y a ni centre ni frontière. C'est la communication qui fait vivre.

(résumé par Philippe Liesse)

Jacques Gaillot (évêque de Partenia)


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