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Le chemin comme archétype

Leonardo Boff
Publié dans Bulletin PAVÉS n°34 (3/2013)

 

Je suis particulièrement fasciné par les chemins, surtout les sentiers de campagne, quand ils grimpent péniblement ​​la pente de la montagne et quand ils disparaissent dans les recoins de la forêt. Ou par les allées couvertes par les feuilles multicolores d’automne, dans un après-midi qui n’en finit pas de mourir, lorsqu’étudiant, je marchais dans les Alpes, au sud de l’Allemagne.

Le fait est que les chemins sont en nous. Et vous devez leur demander le pourquoi des distances, parce qu’ils sont parfois tortueux, fatigants et dif-ficiles à arpenter. Ils gardent le secret des pieds des gens qui marchent. Le poids de leur chagrin, la légèreté de leur joie à rencontrer la personne aimée.

Le chemin est l’un des principaux archétypes de l’âme humaine. L’être humain conserve la mémoire de tout le chemin parcouru dans un processus d’évolution de 13,7 milliards d'années. En particulier, il garde le souvenir de quand nos ancêtres sont apparus : la branche des ‘vertébrés’, la classe des mammifères, l’ordre des primates, la famille des hominidés, le genre homo, l’espèce sapiens/demens actuelle.

En raison de cette mémoire incommensurable, le chemin de l’homme se présente comme très complexe et, à certains moments, indéchiffrable. Sur le chemin de chacun de nous, travaillent toujours des millions et des millions d’expériences des chemins parcourus par d’innombrables générations.Exemple d'utilisation de "traduction automatique de Google

Alpha

La tâche de chacun est de prolonger ce chemin et de faire son propre chemin de telle sorte que la meilleure façon d’approfondir le chemin reçu, c’est de redresser le sentier tortueux et de léguer au futur voyageur un chemin enrichi par son passage.

La route a toujours été et continue d’être une expérience qui indique la direction, et en même temps c’est aussi le moyen de rejoindre l’objectif. Sans chemin nous nous sentons perdus, intérieurement et extérieurement. Nous sommes plongés dans l’obscurité et la confusion. Comme aujourd’hui l’humanité n’a plus de point d’arrivée, elle est désorientée et dans une impasse, sans boussole et sans étoile pour la guider dans la nuit menaçante.

Chaque être humain est un homo viator, un marcheur sur les chemins de la vie. Comme dit le poète et chanteur argentin Atahulpa Yupanki, "l’homme qui marche, c’est la terre qui marche".  Nous n’avons pas reçu une vie prête-à-porter. Nous devons la construire. Et pour cela il faut ouvrir des chemins au-delà de ceux qui nous ont précédés. Même ainsi, notre chemin personnel et privé n’est jamais donné une fois pour toutes, il doit être construit avec créativité et sans crainte. Comme dit le poète espagnol Antonio Machado : "Voyageur, il n’y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant."

En effet, nous sommes toujours sur le chemin de nous-mêmes. Fondamentalement, ou bien nous le faisons ou bien nous nous perdons. Pour cela, il y a deux chemins, comme dit le premier psaume de la Bible : le chemin des justes, et la voie des méchants, le chemin de la lumière ou celui des ténèbres, le chemin de l’égoïsme ou celui de la solidarité, le chemin de l’amour ou celui de l’indifférence, le chemin de la paix ou celui des conflits. En un mot, le chemin qui mène à bonne fin, ou le chemin qui mène à l’abîme.

Mais nous devons être prudents : la condition humaine concrète est toujours la coexistence de deux chemins qui vont souvent se croiser. Sur le bon chemin se cache aussi le mauvais et dans le mauvais se cache aussi le bon. Tous deux traversent nos cœurs. C’est notre drame qui peut se transformer en crise et même en tragédie.

Comme il est difficile de séparer complètement le bon grain de l’ivraie, le bon chemin du mauvais chemin, nous sommes obligés de faire un choix fondamental pour l’un d’entre eux : pour le bon, même si cela coûte des renoncements et apporte parfois des inconvénients, mais au moins il nous donne la paix de la conscience et la perception que nous avons raison. Et il y a ceux qui choisissent la voie du mal : c’est plus facile, il n’impose aucune obligation parce que tout est permis pourvu que cela nous profite. Mais à quel prix : les remords de conscience, le risque de sanction, et même d’élimination.

Ce choix  fondamental donne sa qualité éthique à l’aventure humaine. Si nous optons pour le bon chemin, les petits pas de travers ou un faux pas ne détruiront pas le chemin ni sa direction. Ce qui importe vraiment, au regard de la conscience et avant tout jugement par les autres, c’est ce choix fondamental.

Pour cette raison, la tendance dominante dans la théologie morale chrétienne consiste à remplacer le langage du "péché véniel ou mortel" par un autre, plus adapté à cette cohérence de l’aventure humaine : fidélité ou infidélité à l’option fondamentale. Nous ne devons pas isoler et juger les actes en les déconnectant de l’option fondamentale. Il s’agit de choisir l’attitude de base et le projet de fond qui se traduit en actes et qui unifie le sens de la vie. Si c’est le choix pour le bien, avec constance et fidélité, il donnera une plus ou moins grande bonté aux actes, malgré les hauts et les bas qui arrivent toujours, mais qui ne parviennent pas à détruire le chemin du bien. On vit dans un état de grâce. Mais il y a aussi ceux qui ont choisi la voie du mal. Ils devront certainement passer sous le regard sévère de Dieu, et pourront obtenir miséricorde pour leurs méfaits.

Il n’y a pas d’échappatoire, il faut choisir la construction de notre chemin, ainsi que la manière d’avancer, en sachant que "vivre est dangereux." (G. Rosa). Mais nous ne sommes jamais seuls. Des multitudes marchent avec nous, solidaires de notre destin, accompagnées par quelqu’un qui s’appelle "Emmanuel, Dieu avec nous".

 

Leonardo Boff - Brésil)

Notes :

7 décembre 2012

Source : http://www.servicioskoinonia.org/boff/articulo.php?num=522
(trad. : P. Collet)
 

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