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Nous n'avons plus les moyens d'entretenir nos riches

Daniel Puissant
Publié dans Bulletin PAVÉS n°34 (3/2013)

 

 Des faits...

La Belgique reste un paradis fiscal pour les revenus mobiliers et immobiliers et un enfer fiscal pour les revenus du travail ; les grosses fortunes continuent à croître, en toute tranquillité. Les sociétés quant à elles, sont logées à des enseignes très différentes : certaines paient le taux effectif prévu d'impôt (33,99 %), d'autres paient peu, voire pas du tout d'impôt,  mais dégagent des bénéfices plantureux, exemptés grâce aux multiples astuces légales , sans pour autant être tenues de créer des emplois ou de faire des investissements...

... et des chiffres :

·      La fortune moyenne du 1% de Belges les plus riches est estimée à 7.545.870 euros.

·      Les 10 % de Belges les plus riches possèdent à eux seuls la moitié de la richesse belge totale.

·      Les 10 familles les plus riches de Belgique possèdent ensemble 42 milliards d’euros.

·      Les familles de Spoelberch, de Mevius et Vandamme, principaux actionnaires d’AB InBev et détentrices de la plus grosse fortune de notre pays, possèdent un patrimoine financier de 25,6 milliards d’euros, soit l’équivalent du budget de l’assurance maladie en 2012.

Dans le même temps,

·      15 % de la population belge vivent au-dessous du seuil de pauvreté

·      le gouvernement réduit la durée et le montant des allocations de chômage, accréditant la thèse que le chômage serait un choix

·      la couverture de l’assurance maladie se réduit insidieusement : les riches ne le sentent pas mais les pauvres doivent de plus en plus souvent renoncer à se soigner.

 

Faire des choix...

Un montant d’1,2 milliard d’euros est nécessaire pour élever au-dessus du seuil de pauvreté le montant des allocations accordées aux pensionnés, sans-emplois, invalides, allocataires sociaux. C’est à peine 3% de la fortune personnelle de Bernard Arnault, ce riche homme d’affaires français domicilié  à Uccle. Partout en Europe, les gouvernements mettent à mal notre modèle social : selon Eurostat, 115 millions d’Européens sont sous la menace de la pauvreté et de l’exclusion sociale.

En se montrant peu enclin à taxer plus justement les riches et les bénéfices réalisés par les entreprises, notre gouvernement ne fait pas figure d’exception. Or, personne, pas même les riches, ne peut se passer d'un Etat qui organise les fonctions collectives !  Même les enfants de privilégiés bénéficient d’un enseignement de qualité et gratuit ou de bons soins médicaux. Leurs parents et grands-parents ont besoin de soins, visitent nos musées, utilisent nos voiries publiques pour leur usage personnel ou pour réaliser les bénéfices sur lesquels ils ne paieront pas ou peu d’impôts.

Des solutions...

Par sens de l’équité, 80 % des Belges réclament l’introduction d’un impôt sur la fortune.

Les Belges veulent que le gouvernement aille chercher les moyens financiers nécessaires au fonctionnement de l’État en premier lieu auprès de ceux qui ont beaucoup d’argent. Quoi de plus logique puisqu’en Belgique les richesses sont réparties de façon très inégale.

Une politique équitable prend soin de tous et fait contribuer chacun à proportion de ses moyens. Une politique équitable comprendrait un  impôt sur la fortune progressif. Les multimillionnaires comme Arnault seraient taxés à 1 % sur la partie de leurs avoirs financiers supérieure à 1 million d’euros, à 2 % sur la partie supérieure à 2 millions d’euros et à 3 % sur la partie supérieure à 3 millions d’euros.

En excluant l’habitation familiale à concurrence de 500 000 euros, ce tout petit impôt sur la fortune rapporterait à l’État presque 8 milliards d’euros. Assez pour augmenter le montant des allocations et pour éviter des  restrictions dans des secteurs cruciaux comme le logement social, la sécurité sociale et l’enseignement.

En Belgique, le secret bancaire n’est toujours pas levé complètement. Il  n’y a ni cadastre des fortunes, ni impôt sur la fortune, ni réelle taxation des plus-values. Si de telles mesures existaient, le gouvernement aurait assez d’argent pour payer la crise que les banques ont provoquée.

À ceux qui fuient l’impôt, l’écrivain américain Olivier Wendell Holmes adressait cette réponse : « Lorsque je paie l’impôt, j’achète la civilisation ».

Réseau pour la Justice Fiscale

 

Daniel Puissant


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