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Chemineaux

De Dieu à Jésus, itinéraire d'un croyant, de Michel Fontaine

Jean-Marie Culot
Publié dans Bulletin PAVÉS n°34 (3/2013)

 

Je trouve Michel Fontaine bon compagnon. Bon compagnon de route, puisqu’il s’agit d’un itinéraire. D’un itinéraire de Dieu à Jésus[1], annonce-t-il : Dieu ? Ma seule certitude ... est le point d’interrogation. Pour moi, Dieu est devenu une question, une intuition, un doute … un désir avec lequel je voyage. – Jésus c’est une tout autre affaire ! Jésus est cet homme de chair qui m’invite amicalement : "Si tu veux, viens, suis-moi … Tu verras, un autre monde, une autre vie sont possibles … ici et maintenant." Itinéraire difficultueux de l’enfance contrainte à la maturité libérée et active (son chap. 2, D’où j’écris) et, tout autant harassant mais fécond, de la croyance cadrée à la liberté de la foi.

Chemin faisant, il parle, et j’ai souvent envie de l’approuver silencieusement tant ses recherches font écho en moi, ou d’enchaîner et répondre tant il se réjouit des échanges, ou de l’arrêter et de le calmer quand l’adrénaline bout, tant les scléroses de l’Église et les violences du néo-libéralisme l’insupportent, – mais comment lui donner tort ?

Raconte-t-il comment il s’est défait du costume ancien, de la gangue ?  La parole court rapide, incisive et c’est presqu’amusé que l’on voit s’effondrer les constructions de faux marbre, les Immaculée Conception et Ève mamy pécheresse, les Trans-substantiations commodes et ‘Pontifiades’ arthritiques. Presqu’ému qu’on le voit penché sur les yeux désarmants d’un bébé en (lui) posant la question du péché originel. Tente-t-il de rendre compte – dans une langue toujours simple, mais comme ‘dans une conversation ardente’ note Gérard Bessière dans la préface –, du sens qu’il a obstinément tenté de trouver puis de donner à sa vie, de la lumière qu’il a ardemment cherchée dans les évangiles ? Le ton glisse alors à la méditation, les thèmes reviennent encore et encore, sous un autre jour, sous une autre couleur, témoins de longues ruminations, comme si le chercheur n’en avait jamais fini de se persuader de la légitimité et de la fécondité de ses itinérances en terres nouvelles. On l’aura deviné : l’intérêt, ici, n’est en rien dans la tournure théologique, encore moins dans la distance mesurable entre les conclusions acquises et le catéchisme de Jean-Paul ii ou le concile de Nicée, mais dans la démarche même de la foi, la quête du sens, la confiance en Jésus et, bonus ci et là, dans l’originalité des intuitions.

« Pourquoi j’ose écrire ? » (son chap. 1), croit-il devoir poser en question préalable. L'état normal de l’homme est de vivre avec des questions sans réponses, ce qui m’a sorti de l’angoisse liée à cette absence de réponse, car l’Église qui nous donnait toutes les réponses les liait en même temps au salut. [...] Je sais maintenant que je suis unique. Je sais que personne ne peut me dire ou me transmettre à ma place. Je sais que rien ne m’y oblige mais que, si je ne le fais pas, moi, à ma manière, quelque chose manquera à l’édifice commun.

Et pourquoi j’ai aimé le lire, l’entendre ? Parce que, rareté, il ne ‘sait’ pas, ne se penche pas miséricordieux sur vos tâtonnements, attendant la fin du chapitre pour vous servir ‘la formule’. Sous la cape, pas de gourou, juste un pèlerin, partageur. Et, crédible, un croyant et un citoyen qui tente d’agir en conformité avec ses convictions. Binamé ! Merci d’avoir échappé aux redoutables bienfaiteurs !

Pris au hasard dans les entreprises de retrouver du sens... Pour commencer !, sur les origines. Et voici le merveilleux, la splendeur du mythe : nous sommes face à trois histoires semblables et parallèles : la lente évolution de l’humanité qui s’étale sur des milliers ou des millions d’années ; la Genèse qui nous raconte tout cela en quelques pages ; et nous, hommes et femmes, qui avons à parcourir cette évolution sur le temps qui nous est imparti : une vie d’homme ou de femme.

Sur l’incarnation. L’irruption de Dieu dans l’histoire de l’humanité en un lieu précis et à une date précise me paraît tout aussi aberrante que la création d’Ève à partir d’une côte d’Adam.[2] Mais me mettre à la recherche de "l’évolution de l’intuition de Dieu au cœur de l’homme" au cours des millénaires, voilà qui m’intéresse.

Sur Dieu : Résumons : Dieu qui était avant nous de toute éternité [...] est, dans la conception actuelle de beaucoup, en train d’advenir à travers nous : il vient. Dieu qui était dans les espaces célestes est maintenant descendu sur terre quoiqu’en pense l’Institution. Dieu que nous avions enfermé pour nos besoins personnels dans les hosties et les tabernacles s’en est échappé : il est maintenant l’indicible en nous. Dieu qui était tout-puissant est devenu impuissant : il a besoin de nous pour advenir, pour se révéler …

Et au hasard encore, dans les analyses traversées de coups de gueule. Ce pourrait être à propos du libéralisme qui affame aujourd’hui et tue l’avenir (Chap. 9, Le péché du monde), mais voici, à propos de l’Église (Chap. 10, p. 147), virée en secte, avec laquelle il a un œuf à peler :

« [...] A contrario, si j’attendais encore quelque chose de l’Église catholique, cela ressemblerait à ceci :

J'aimerais qu'elle m’accompagne dans mes ‘remises en question’[3] et ma recherche de Dieu au lieu de m’interdire de penser.

J’aimerais qu'’elle se remette elle-même en question au lieu de prétendre ‘avoir’ la vérité.

J’aimerais qu’elle soit pour moi un signe de Jésus et non un objet de scandale. Dans ce sens, j’aimerais qu’elle accueille les femmes aussi bien qu’il les a accueillies, qu’elle partage le sort des pauvres comme il l’a partagé, qu’elle soit pauvre elle-même comme il l’a été.

J’aimerais qu’elle cesse de se croire le seul chemin pour aller à  Dieu.

J’aimerais qu’elle mette l’amour et l’humilité en premier au lieu de vouloir convertir à tout prix.

Alors, cherchant Dieu parmi les hommes et les femmes de ce monde, en toute humilité et amour, peu être deviendrait-elle un signe du royaume… »

Et, pour terminer, la question qui importe  (avec la réponse du pèlerin ... et notre reconnaissance) : Alors, 'être chrétien', c’est quoi, pour moi, aujourd’hui ? C’est à  Philippe Bacq s.j. que je dois cette affirmation si libératrice pour ma vie que je l’entends encore : "Le chrétien est celui qui, ayant entendu la parole du Christ, s’efforce de la vivre au jour le jour." Elle a été pour moi un tournant, une lumière, une profonde libération. Tout à coup, je n’étais plus un hérétique, un incroyant, un des nombreux exclus de l’Église, mais un chrétien, tout simplement. Merci à lui. (p. 89)


 

Jean-Marie Culot (Hors-les-murs)

Notes :

[1]  Michel Fontaine, de Dieu à Jésus ... itinéraire d’un croyant. 200 pages

Chez l’auteur, tel. 043 687879, fontaine_bonhomme@scarlet.be - Se procurer ce livre en versant 15€ + 3€ de frais de port soit 18€ au compte BE71 7506 5444 0469 de Michel Fontaine en spécifiant l’adresse d’expédition.

[2]  Les dogmes que je rejette ici sont, par ailleurs, très certainement des mythes – comme ici –  très instructifs sur l’homme. [Note de l’auteur]

[3]  Re-mise en question est une très jolie expression qui me parle beaucoup. Il s’agit de se re-mettre debout, de re-prendre le chemin, d’arrêter de se contenter des réponses toutes faites et d’explications qui ne nous satisfont qu’à moitié, d’oser se replonger dans l’insécurité des questionnements et le changement, de vivre… [Note de l’auteur]

 



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