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In memoriam

... nos soutanes

Jos Lhoir
Publié dans HLM n°131 (3/2013)

 

Il y a cinquante ans qu’elle a disparu et personne ne verse une larme sur elle. On l’a même oubliée et c’est tant mieux. Je suis de ceux qui ont ardemment souhaité sa mort et qui serais ravi d’y avoir contribué. Vous ne devinez pas ? Mais la soutane, bon Dieu ! Ne haussez pas les épaules, ne dites pas que le sujet ne vaut pas un kopek. Bien sûr la façon dont on s’habille ne mérite pas qu’on s’y attarde, on sait bien que l’habit ne fait pas le moine, mais quel poids symbolique ces histoires de garde-robe ! C’est fantastique ce dont la soutane était lourde, ce qu’elle vous coupait du monde. Je me souviens de mon président de séminaire à qui je demandais, jeune séminariste ayant pris la soutane mais n’étant jamais sorti en public dans cet accoutrement, si je ne pouvais pas l’abandonner le temps des vacances. Il m’avait répondu que la soutane était un cloître portatif, une protection. Vous devinez bien contre qui ! Et j’avais obéi car en ces temps lointains on carburait à l’obéissance. Mais ce qu’on le faisait à contrecœur, et comme on l’a maudite ![1]

Sa disparition n’a pas tout réglé, on n’est pas devenu d’un coup sec ferment dans la pâte ou Église dans le monde mais au moins on a été un peu moins à côté de la pâte, un peu plus dans le monde. Voir les prêtres habillés comme tout le monde n’a converti personne à notre sainte religion mais nous a humanisés et c’était bien.

Je ne fais pas qu’évoquer la boue des tranchées. Mon propos est aussi prospectif. Je suis de ceux qui espèrent qu’un jour le pape s’habillera lui aussi comme tout le monde. Cela contribuera à faire cesser le mythe de cet indéfinissable « homme en blanc » quelque peu asexué.

Et puisque j’en suis à parler vestiaire, ceci encore, qui ne laisse pas de m’étonner. En s’enrobant de violet ou de rouge (et je pourrais aussi parler des titres qu’ils se donnent ou qu’ils tolèrent qu’on leur donne), nos évêques se rendent-ils compte qu’ils laissent entendre qu’ils ne sont pas des chrétiens comme les autres, qu’ils le sont mieux, qu’ils le sont plus ? Mais quelle conception ont-ils de leur rôle ? Comprennent-ils la responsabilité qu’ils assument ? Être plus ou meilleur chrétien, c’est aimer davantage et la chose ne s’affiche pas. On ne s'en vante pas, ça ne se porte pas comme une cocarde. Et un évêque n’est pas mieux loti que le chrétien le plus humble.

J’ai peur pour eux. S’habiller de manière différente, afficher sa différence, c’est attirer l’attention. Comment osent-ils porter ces signes qui les condamnent ?

P.S. Une confidence pour terminer. La réflexion qui précède est inspirée par une petite phrase assassine d’Alain Chapellier. Contemplant un « Jésus au bord du lac, entouré de ses apôtres » de Masaccio, il les imagine, ces apôtres, « tous revêtus de soutanes violettes et de camails en dentelle ». Et de commenter simplement : « Vision étrange ». Étrange en effet.


 

Jos Lhoir (Hors-les-murs)

Notes :

[1]  Sur cette question, on lira avec intérêt – et un peu d’esprit critique sans doute… –  un article de Jean Mercier, journaliste à La Vie, écrit l’année dernière. Mais l’auteur se pose une autre question : non seulement pourquoi ont-ils quitté la soutane en 1962, mais pourquoi la remettent-ils aujourd’hui… ?

http://www.lavie.fr/sso/blogs/post.php?id_post=1899&id_blog=71

 (NDLR)

 



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