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Repartir des peuples de l'Europe

Mario Campli
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Nous vivons de façon dramatique une sorte de “temps suspendu” : l'intégration européenne ne peut pas revenir en arrière et ne parvient pas à aller de l'avant. Quel sens peut avoir une époque qui n'a pas d'avenir?

À la suite de la seconde guerre mondiale qui fut si tragique et fratricide, les Européens ont relevé le défi et ont choisi le courage politique et stratégique de construire leur unité. Après à peine plus d'un demi-siècle, faut-il considérer cela comme un intermède ou est-ce durable ? "Désintégration. Comment sauver l'Europe de l'Union européenne", titre Jan Zielonka dans un essai publié récemment.

Il y a soixante ans, le 25 mars 1957, a été signé le "Traité de Rome". Nous en sommes donc aux 60 (premières?) années d'histoire de l' "Europe libre et unie." Est-ce qu'on assistera à Rome à des célébrations vides et rituelles, ou sera-ce l'occasion d'un nouveau départ audacieux, convaincu, urgent? "La plus grande erreur de ma génération, déclarait Bernard-Henry Lévy dans un récent débat à plusieurs voix, a été de croire que l'Europe était faite, que le travail était fini, que c'était écrit dans le sens de l'histoire et que, quoiqu'il puisse arriver, ça resterait ainsi et ça continuerait. Ce n'est pas vrai."

Je fais partie de cette génération, cette faute est la mienne. J'apprends donc la leçon, jour après jour : pour que cette Europe, diverse et unie, puisse rencontrer et "faire l'histoire". C'est la seule façon de vivre le présent autrement qu'en "somnambules". Dans les prochains mois, les rendez-vous cruciaux de cette Union seront nombreux : après le Brexit du 23 juin 2016, la longue négociation de séparation n'a pas encore commencé; le 15 mars 2017, élections générales aux Pays-Bas; le 23 avril et le 7 mai, élection du Président de la République en France; en septembre, élections fédérales en Allemagne.

Pendant ce temps, les peuples "européens" restent aux prises avec leurs problèmes "normaux" : le chômage, l'immigration, l'augmentation des divergences identitaires, sociales, économiques. Un présent écartelé et un avenir incertain. Et l'union politique, reste une chimère.

Que faire? Réécrire la "liste" des politiques, des réformes, des rêves, cela ne sert pas à grand chose. Il n'y a qu'une seule chose à faire pour redémarrer : remettre au centre "les peuples de l'Europe". Une sorte de révolution. Un "populisme" sain est la réponse aux populistes malsains. Alors "populiste" ne sera plus une insulte (inutile d'ailleurs!), mais une catégorie politique pour contrer et vaincre politiquement.

Donc un soulèvement démocratique. Les fondateurs de cette Union étaient au nombre de deux : les peuples et les états. Comme à l'époque du premier constitutionnalisme européen au dix-neuvième siècle, les deux organismes fondateurs doivent activer une sorte de "révolution démocratique". À l'époque, les parlements nommés par le souverain se révoltèrent contre le roi. Le Parlement européen (des peuples européens) - distinct des États - doit remettre la main sur l'initiative législative : la souveraineté. Les États-nations - distincts des peuples - peuvent et doivent se retrouver dans une "chambre des États membres" dans laquelle ils exercent de façon permanente leur fonction spécifique de co-fondateurs de l'Union. En réalisant dans les faits et publiquement que "l'autodétermination démocratique signifie que les destinataires des lois obligatoires en sont en même temps les auteurs" (J. Habermas). Ensemble, les peuples et les Etats, feront "confiance" à un gouvernement exécutif de l'Union (l'actuelle Commission). Les peuples d'Europe sauveront cette Union européenne construite par les États et par les gouvernements. C'est là, dans l'Assemblée des peuples de l'Europe, qu'est aussi le lieu de redessiner les modalités et les formes d'intégration différenciée. Et pour écrire une Constitution de l'Europe : "Nous, les peuples de l'Europe ...".

Un nouveau départ historique donc : ce serait une manière digne de célébrer le 60e anniversaire des traités fondateurs; un nouveau pacte constitutionnel européen pour donner une réponse démocratique au manque croissant de légitimité que se partagent les gouvernements nationaux, les institutions européennes et les mouvements anti-démocratiques et/ou nationalistes. Il est urgent et stratégique, en fait, d'arrêter d'une part la dérive des États-nations qui, se situant en-dehors des décisions solennelles du "Conseil", selon la logique d'une Union à la carte - comme dans le cas de la répartition des migrants dans les différents territoires de l'Union - scient la branche de l'arbre commun sur lequel ils sont assis; d'autre part d'assécher cette mer d'indétermination et d'indécision, où prolifèrent les pulsions populistes.

 

Un chemin d'unité de 67 années

Le traité instituant la Communauté Économique Européenne (TCEE) est le traité international qui a établi la CEE. Il a été signé à Rome, le 25 mars 1957 en même temps que le traité instituant la Communauté européenne de l'énergie atomique (TCEEA); ensemble, on les appelle "Traité de Rome." Avec le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), signé à Paris le 18 avril 1951, les traités de Rome sont le moment constitutif de la Communauté européenne qui, avec le Traité de Maastricht en février 1992, prendra le nom d'Union Européenne. Entre le 9 mai 1950 (Discours de Robert Schuman) et 2017, l'union n'a vécu en fait que soixante-sept ans; depuis le "Traité de Rome" soixante ans; depuis le 9 novembre 1989 et le 3 octobre 1990 (la chute du mur de Berlin et la réunification de l'Allemagne), la nouvelle phase d'unification compte seulement 28/27 ans d'histoire. C'est l'âge d'un jeune homme ou d'une jeune femme qui prend en mains sa propre destinée. Tout est encore possible. Il faut juste le vouloir... M.C.

 

Les "Filles de l'Europe"

Pendant cette année qui se termine, l'Europe a malheureusement dû faire ses adieux à plusieurs filles italiennes qui avaient participé à la construction de l'unité européenne : Francesca Bonello, Elisa Valent, Valentina Gallo, Elena Maestrini, Lucrezia Borghi, Serena Saracino, Elisa Scarascia Mugnozza (étudiantes Erasmus mortes en mars 2016 dans l'accident de bus en Espagne); Fabrizia Di Lorenzo (morte dans l'attentat de décembre à Berlin); nous nous souvenons aussi de Valeria Solesin, tuée dans l'attentat du Bataclan à Paris en novembre 2015.

L'horrible tragédie de la mort de ces belles "filles de l'Europe" peut devenir une semence d'espoir et d'avenir. Oui, une mort injuste et qui provoque tant de douleur, la destruction de ces vies, sont là pour nous rappeler que c'est le moment non seulement de construire l'avenir de notre pays dans le projet d'une Europe unie, mais aussi d'ouvrir la voie pour tous, pour marcher la tête haute et avec une volonté positive.

« N'allez pas en Europe » : c'était le message lancé avec force par les agences de voyages du monde entier. Et, par contre,oui : des milliers de filles et de garçons qui pendant ces années ont fréquenté les universités dans d'autres pays de l'Union européenne – grâce au financement du programme Erasmus – ont été les créateurs d'un véritable changement culturel. Une partie de cette génération est devenue aujourd'hui la classe dirigeante dans leur pays. Un tiers des étudiants Erasmus ont connu leur conjoint pendant leur expérience à l'étranger; la Commission européenne a calculé qu'un million d'enfants sont nés de ces couples depuis 1987. L'Europe ne se construit pas dans les chancelleries des états. Ces filles, nous voulons les embrasser avec émotion. Merci infiniment. Merci du fond du coeur. Ma génération s'incline devant vous et ne vous oubliera pas!  M.C. 
  

Mario Campli (Communautés de base - Italie)

Notes :

Source : Confronti, febbraio 2017 - traduction : P. Collet


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