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Voir l’humanité de Jésus, c’est voir, trouver et connaître Dieu

Jose Maria Castillo
Cet article n'a pas été publié dans une de nos revues

Le grand théologien de Grenade présente son dernier essai « La humanidad de Jesús » (L’humanité de Jésus »). Extraits.

Je voudrais parler du sujet dont traite le livre. À propos de l’humanité de Jésus. Parce qu’on parle toujours de ce Jésus divin, qui est sublimé et nous rapproche de Dieu, et enfin parce qu’il semble que son côté plus humain a été vilipendé. Celui du Jésus qui a mangé, est devenu triste, et a ri avec ses amis. Qui a traversé ce monde et a marché avec les disciples d’Emmaüs, avec Lazare, avec ses disciples. Qui a vécu la tragédie, la trahison. Qui a vécu tout le bon et tout le mauvais des êtres humains. Jusqu’à ce qu’il en vienne mourir.

Pourquoi cette disparition du Jésus humain dans certains cas?

Comme je l’ai dit hier dans ma conférence, et c’est la première chose que je voulais souligner, c’est que, étrangement, les relations entre le divin et l’humain n’ont pas toujours été faciles. Au contraire, elles ont été un motif, une occasion et une cause de tension, de malentendu, de difficulté, d’aliénation et de séparation.

Il suffit de penser à ceci : dans l’expérience sociale publique, on traduit divin par sacré. Dans l’expérience sociale publique, on traduit humain par profane.

Il faut noter que le sacré a toujours prétendu être au-dessus du profane. Avoir un pouvoir plus déterminant que le pouvoir séculier ou civil. Avoir autorité, prestige, crédibilité, argumentation, etc., être toujours au-dessus en tout. À partir du moment où les choses se présentent ainsi, la tension devient inévitable.

Entre autres parce que Jésus avait toutes ces choses que vous avez décrites. Et il avait aussi son côté humain. Celui d’une personne qui est née, a grandi et a vécu dans une famille.

Bien sûr, c’est ce qui est remarquable, parce que les évangiles ne soulignent pas spécifiquement que Jésus était une personne «sainte ou consacrée». Nous sommes habitués à célébrer la Fête du Christ, Grand Prêtre éternel. Le Christ – Jésus – n’était pas un prêtre. Au contraire, il est entré en conflit avec les prêtres. Et un conflit tel que les prêtres ont fini par le tuer.

Des défenseurs de la loi et de la norme qui sont aussi aujourd’hui ici, dans notre Église.

Bien sûr, parce qu’ils ne pouvaient pas le supporter. Ils ne pouvaient pas le souffrir et voyaient en lui un danger menaçant leur cause, leur pouvoir et leurs intérêts. C’est pourquoi, hier, j’ai souligné que la raison profonde de l’humanité de Jésus c’est que c’est dans et par l’humanité que le divin nous est révélé à nous chrétiens. Pourquoi? Parce que le divin est le transcendant. Et le transcendant n’est pas à notre portée, nous ne pouvons pas le connaître ou connaître de lui. Cela est possible parce que le divin – transcendant par définition – est ce qui est incommunicable avec l’immanent, avec ce qui est humain. Ainsi, à travers ce qui est humain en Jésus, en lui, nous découvrons le divin.

J’ai mis en avant, hier, et je vais le refaire ici, parce qu’ils me paraissent éloquents, deux textes de l’Évangile de Jean. À la fin du prologue, au chapitre 1, verset 18, nous trouvons: «Personne n’a jamais vu Dieu». C’est une façon de dire que Dieu n’est pas à notre portée. Nous ne pouvons pas Le connaître. Son fils unique, c’est-à-dire Jésus, est celui qui nous l’a fait connaître.

Et encore plus clair et plus éloquent, le texte du chapitre 14, après la Cène. Dans ce discours d’adieu, l’apôtre Philippe interrompt soudainement Jésus et dit: «Maître, Seigneur, montre-nous le Père, montre-nous Dieu et cela nous suffira ». Et Jésus continue, sans se soucier de Philippe : « Mais Philippe, tu ne me connais toujours pas? ».

Et j’ai dit hier soir, et je le répète, que si j’avais été là, j’aurais dit: «Oui, je te connais, je ne t’interroge pas sur toi, mais je t’interroge sur Dieu ».

Et Jésus répond : «Philippe, celui qui me voit, voit Dieu ».

Par conséquent, Jésus est la révélation. La manifestation explicite de Dieu. Et voir l’humanité de Jésus c’est la façon dont nous voyons, trouvons et connaissons Dieu. C’est le principal argument du livre.

Quelqu’un pourrait vous accuser de nier la Trinité.

Une chose n’a rien à voir avec l’autre, parce que la trinité est une élaboration ultérieure. Dans le Nouveau Testament, elle n’est pas claire, bien qu’il parle du Père et du Fils. Mais le titre de Fils de Dieu (beaucoup de gens ne le savent pas ou n’en tiennent pas compte) était un titre impérial adopté par l’empereur Auguste. Toute la dynastie des Antonins. Ils ont adopté le titre de Fils de Dieu comme titre impérial. Par conséquent, le titre, appliqué à Jésus, ne signifie pas qu’il était le fils de Dieu, comme nous le comprenons, de la même nature. Ce fut une élaboration contre Arius, au IVe siècle, au concile de Nicée.

En fin de compte, dans l’Église, nous nous sommes fondés sur ces types d’élaboration en vertu d’affrontements entre différents courants théologiques ou de pensées. Et nous arrivons au XXIe siècle, et à la fin, l’idée que vous pourriez avoir de Jésus, ne ressemble peut-être pas trop à l’idée ou la réalité qu’ont expérimentées ceux qui connaissaient Jésus.

Celle que beaucoup de gens ont n’est pas – ni ne peut être – similaire. Parce que, pour les gens, quand on mélange le divin et l’humain, le divin acquiert plus de force que l’humain. Et ainsi, dans une image humaine, ils adorent Notre Seigneur Jésus-Christ.

Le plus grotesque – et je raconte toujours cette histoire – c’est que je connais un jésuite très célèbre, il est mort il y a déjà longtemps, qui était un grand catéchiste et qui donnait un cours aux jésuites eux-mêmes. Il expliquait l’histoire de Jésus marchant sur la mer la nuit, à la recherche des disciples, quand l’Évangile dit qu’ils avaient peur, et que Jésus leur dit : « N’ayez pas peur, je suis votre Seigneur Jésus-Christ ».

C’est absurde. Comment peut-il dire de lui-même : « Je suis votre Seigneur Jésus-Christ »?

De plus, il aurait effrayé les disciples encore plus.

C’était ridicule. Mais c’est que beaucoup de gens n’osent pas employer le mot «Jésus». Il y a quelque chose de mystérieux à ce sujet. Pourquoi cette résistance ? Ils parlent du Christ, le Seigneur, Jésus-Christ, notre Seigneur Jésus-Christ. Mais pas de Jésus.

C’est une question culturelle. En fait, il y a beaucoup de pays où mon nom, Jésus, n’est pratiquement jamais donné à un enfant. Et évidemment, Jésus-Christ – je pense qu’il doit y avoir très peu de personnes ou même aucune dans le monde qui soient nommées ainsi. Mais je pense que le terme, dans certaines cultures, est presque interdit. Comme si c’était quelque chose d’irrévérencieux.

Ou bien qui distille un certain respect mystérieux. Par exemple, j’ai pensé beaucoup au blasphème contre la Vierge, contre Dieu, contre le Christ, même contre les objets sacrés – l’hostie, le ciboire, le pallium … tout cela. Contre Jésus, je n’ai jamais entendu un blasphème.

Et à quoi cela est-il dû – que ceux qui ne croient pas le voient comme un modèle et qu’il effraye ceux d’entre nous qui croient ; il nous effraie parce que nous ne savons pas comment bien le définir ou que nous ne pouvons pas le comprendre ?

Jésus est une réalité qui nous impressionne, mais en même temps, il est si proche, si humain, tellement comme nous, et tellement comme ce dont nous avons besoin…

Hier, ils m’ont demandé: « Mais en quoi consistait l’humanité de Jésus? ».

Eh bien, c’était un Juif, un Galiléen, d’un pauvre et humble village de cette époque (maintenant c’est une ville plus importante), qui un beau jour a quitté sa maison, a quitté sa famille, et est parti pour entendre Jean Baptiste. Il est entré dans la file de ceux qui allaient être baptisés – ceux que Jean Baptiste a appelés une couvée de vipères, il a reçu le baptême et en eut une inspiration. Il sentit quelque chose. Il a expérimenté quelque chose qui lui a fait voir beaucoup de choses que nous ne voyons, ni ne comprenons, ni nous pouvons voir ou comprendre.

Puis il commença à travailler. Et à quoi s’est-il consacré? Il n’a pas mis en place un centre de spiritualité ou une maison de formation, il n’a pas mis en place un centre de direction spirituelle ni créé une chaire en théologie. Rien de cela. Il dit simplement que quand il apprit qu’ils avaient tué Jean-Baptiste, il est allé en Galilée, là où Jean avait été tué, là où était le danger. Là où il y avait des mouvements dans lesquels ceux qui finirent par devenir des zélotes quelques années plus tard commençaient à se dresser contre la domination de l’empire là-bas. Mais il n’a pas commencé à lutter contre Rome, de cette façon. Jésus était convaincu que la chose vraiment cruciale n’était pas de changer les dirigeants, mais de changer les gouvernés.

Faire de nous des protagonistes, coparticipants et coresponsables.

Et que, parce que nous, en changeant, prendrions la responsabilité de la situation qui est la nôtre, pourquoi nous l’avons, et ce que nous voulons.

Soyons clairs. Par exemple, ce qui attire mon attention c’est que quand on a annoncé à Jésus qu’Hérode avait décapité Jean-Baptiste, Jésus n’a pas organisé une manifestation ou n’est pas sorti avec des pancartes …

Ou allé au palais d’Hérode.

Ou à la Grande Place de Jérusalem, ou de toute autre ville. Pas davantage quand on annonça à Jésus que Pilate avait décapité quelques Galiléens alors qu’ils faisaient un sacrifice religieux qui aurait dû se faire dans le temple, Jésus leur a-t-il dit : «Pilate est un scélérat», «C’est de l’exploitation», « Nous devons nous lever »… Jésus leur dit :  » Vous tous, puisque vous n’avez pas changé, vous allez finir de la même façon. « 

Jésus a payé ses impôts en sachant qu’ils étaient injustes. Je sais qu’il y a des gens avec une mentalité sociale de gauche qui s’énervent quand ils entendent cela, ils se sentent mal. Mais je dois le dire, d’abord, parce que c’est dans l’Évangile. Et j’ai choisi l’Évangile pour beaucoup d’autres raisons plus privées, plus personnelles, plus profondes que je ne vais pas expliquer ici. Mais il y a quelque chose qui me donne beaucoup à penser. C’est que vous pouvez voir que l’économie, comme elle fonctionne, ne corrige pas ce monde, bien au contraire, elle conduit au pire chaque année. Il y a de plus en plus d’écarts entre les riches et les pauvres. Et de plus en plus de pauvres.

L’économie ne règle pas cela. La politique non plus, parce qu’elle est entre les mains de l’économie. Et si l’économie ne règle pas, la politique encore moins. Il doit y avoir une autre force, un autre mécanisme, un autre système. Et je n’en ai pas trouvé un autre que celui que j’ai lu dans l’Évangile.

Et ils me diront : « Eh bien, nous sommes fixés, maintenant nous allons tous aller à l’église pour que le prêtre nous dise l’Évangile. » Ce n’est pas ça ! Le prêtre est le premier qui a besoin de changer et de se convertir à l’Évangile parce que l’Évangile – et attention à ceci – n’est pas avant tout un livre de religion. C’est un projet de vie.

Le projet de vie de Jésus, et un modèle de valeurs pour construire la société et construire le royaume, ici aussi.

Évidemment. Et c’est cela l’humanité de Jésus. Jésus était convaincu que c’était en devenant profondément humain, que nous allions, d’abord, mettre ce monde en ordre et, en second, devenir plus divins.

Entretien avec Jésús Bastante

5 janvier 2017




Jose Maria Castillo - Espagne)

Notes :

Source: http://www.periodistadigital.com/religion/libros/2016/12/26/religion-iglesia-libros-la-humanidad-de-jesus-trotta-jose-maria-castillo-los-gobernantes-que-tenemos-no-pueden-creer-en-dios-por-mucho-que-vayan-a-misa.shtml  

Traduction anglaise: http://iglesiadescalza.blogspot.fr/2016/12/jose-maria-castillo-seeing-jesus.html

Traduction française par Lucienne Gouguenheim :  http://nsae.fr/2017/01/05/jose-maria-castillo-voir-lhumanite-de-jesus-cest-voir-trouver-et-connaitre-dieu/





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