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Adieu à Jean Fabry (1934-2016)

Charles et Cécile Chalant
Publié dans HLM n°147 (3/2017)

Jean Fabry était un sage, profondément imprégné d'une culture africaine dont il nous fit si bien goûter les proverbes. "On n'enlève pas ses taches à une girafe" : l'Église est ce qu'elle est. L'acceptation des réalités ecclésiastiques et sociales lui évite les rancoeurs stériles et les combats inutiles.

Missionnaire scheutiste au Congo dans les années soixante, son choix si nouveau alors de vivre non dans un clergé "séparé" mais dans le quotidien des gens, crée des tensions avec la hiérarchie et ses confrères[1] et lui fait finalement quitter une Église dont on n'enlève pas les taches. Il préfère se présenter comme prêtre sorti plutôt que prêtre marié. Il se proclame cependant heureux d'avoir épousé Bernadette, fille d'Afrique, et heureux avec leurs trois enfants.

A H.L.M., où Jean a accepté une fonction d'administrateur de 1991 à 1995, nous ne connaissons pas Bernadette : elle ne participe pas aux réunions, c'est son choix. Il nous en parle avec admiration, pour ses charismes, ses intuitions tout africaines sur la santé, la maladie, les habitudes alimentaires, les méthodes de mémorisation…

À son retour d'Afrique, après un passage à Bruxelles, la famille s'installe à Liège. Jean obtient un poste de surveillant-éducateur au collège Saint-Louis. Il s'engage à plein dans sa fonction d'éducateur. Il intéresse les élèves à la question du commerce équitable, au projet éducatif que sa fille médecin anime au Sénégal; il est d'Oxfam, de Terre, Entraide & Fraternité/ Vivre-ensemble, il est actif dans les réflexions et les publications du Cefoc…

Cet homme d'engagement est aussi un homme à la vie intérieure intense. Il s'isole en longues marches solitaires sur les routes de Compostelle ou dans les sables du Sénégal.

À l'âge de la pension, il devient concierge du collège et poursuit ses activités au service de son quartier du Longdoz, à l'accueil des petits de la maison médicale, à l'aménagement d'un terrain de jeux… Et quand les responsabilités de la conciergerie deviennent trop lourdes, il est installé par sa fille dans un appartement "luxueux" pour lui qui a connu des moments de précarité : "cet appartement, il faut une bicyclette pour le traverser", dit-il avec toujours le même humour.

Il est décédé d'un accident cardiaque le 29 mars 2016, le jour de ses 82 ans.

L'incinération a lieu le 1er avril. Complice d'un grand-père qui lui a appris la sagesse souriante et forte devant la vie et devant la mort, Victor, son petit-fils accroche à son cercueil un poisson de papier. Dans l'ultime moment d'attente, sur les chants africains qu'il avait choisis, Bernadette danse.

Cécile et Charles CHALANT

***

La tradition orale africaine à travers les proverbes

Parmi les hommages émouvants rendus à Jean lors des funérailles, voici un extrait de celui de Paul Rixen qui le côtoyait à Entraide & Fraternité.

[...] Jean Fabry, un curriculum en dents de scie, un peu comme les soubresauts que le 20e siècle a connus et qui ont secoué toutes les institutions politiques, économiques et religieuses :

- sept ans de formation dans le giron de l'institution religieuse catholique

- dix années de présence missionnaire dans le Bas-Congo

- dix années d'enseignement à Bukavu

- plus de trente ans en Belgique en grande partie comme éducateur avec divers engagements : Hors-les-Murs, Cefoc, Oxfam, École de devoirs et cours d'alphabétisation, Comité de quartier, Groupe Terre...

En tant que co-auteur du livre Sortir ou ne pas sortir du capitalisme[2], Jean s'est demandé quelle sorte de langage nous aurions intérêt à employer en éducation permanente pour amorcer une prise de conscience des réalités actuelles de notre société et ainsi favoriser l'émergence de comportements et d'initiatives alternatives face au rouleau compresseur capitaliste. C'est ainsi qu'il est devenu un partisan convaincu du langage symbolique dans la culture traditionnelle africaine surtout pour les milieux populaires.

Jean a passé 20 ans en Afrique et a épousé une Africaine il y a 45 ans. Au début il pensait leur apporter sa culture et ses principes européens. Mais très vite il a découvert la richesse de leur culture. Chez nous, on communique par les journaux, la télévision, ... avec un risque de manipulation, de conditionnement par la société de consommation. La communication parents-enfants est difficile. En Afrique profonde, pas de panneaux ni de télévision. Les chefs, les responsables transmettent une sagesse traditionnelle orale par les contes, les proverbes. Pour appuyer un conseil, dans toutes assemblées, dans les tribunaux, dans les réunions religieuses, culturelles, tribales. Comme moyen d'éducation. Les proverbes n'expriment pas de commandement, n'exercent ni jugement ni condamnation. [...]

Les proverbes présentent quatre caractéristiques :

- une pédagogie active faisant participer l'assemblée : la première partie du proverbe est lancée et l'assemblée énonce la deuxième

- une forme humoristique

- une forme concrète, très réaliste, qui fait appel à la vie des gens, comme les paraboles

- une forme symbolique, pour laisser chacun l'interpréter et l'appliquer à son vécu personnel.

Quelques proverbes :

- Si tu crois que tu n'as pas d'influence parce que tu es petit, c'est que tu n'as jamais dormi avec un moustique.

- L'oiseau sur lequel on ne tire pas de flèches ne devient pas malin.

- Tu peux cacher le feu, mais que vas-tu faire de la fumée ?

- C'est par la tête que le poisson commence à se gâter.

- Un tronc d'arbre peut rester longtemps dans l'eau, il ne deviendra jamais un crocodile.

- L'ombre du zèbre n'a pas de rayures.

- On a beau avoir un nez difforme, on n'en a pas de meilleur pour se moucher.

- Ce n'est pas parce que la chèvre fait des crottes comme des pilules qu'elle est pharmacienne.

- Le singe qui ne voit pas son derrière se moque des autres singes.

- Tous les blancs ont une montre, mais ils n'ont jamais le temps.

- Une banane que vous avez mangée, ne l'appelez pas une pauvre banane.

- C'est grâce à la pluie qui tombe que la rivière passe fièrement.

- Le meilleur fétiche pour une récolte, c'est une calebasse de sueur.

- Dieu nourrit les oiseaux qui s'aident de leurs ailes.

- Ceux qui s'aiment s'entraident à porter, même ce qui ne pèse rien.

Paul RIXEN



Charles et Cécile Chalant (Hors-les-murs)

Notes :

[1]  "En effet, ses confrères étaient déjà bien insérés dans cette cité dynamique de Moanda et animaient avec succès les communautés de base. Avec ardeur, Jean s’y était mis aussi, et vivait dans une petite maison ordinaire. Semaine par semaine, une famille chrétienne lui apportait leur propre nourriture, mais payée par les prêtres. Mais évidemment, cette manière de vivre était critiquée par une partie des chrétiens qui ne pouvaient admettre qu’un prêtre blanc vive comme eux. Ce sont peut-être ces critiques ajoutées à celles de plusieurs prêtres ainsi que l’attirance pour une jeune femme qui le décidèrent finalement à quitter la paroisse dans les années 1969 et à se marier." (Jean Peeters)

[2]  avec Pontien Kabongo, Éditions Cefoc, 2013, 124 pages.




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