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Éditorial. Mai 68 !

Philippe Liesse
Publié dans Bulletin PAVÉS n°55 (6/2018)


Que reste-t-il de mai 68 ? 50 ans après ? Dès qu’on parle d’espace de liberté, surtout dans l’Église, on est vite affublé de « soixante-huitard attardé » !  Car il ne faut pas oublier que Vatican II, c’était quelques années avant. Alors ? Vatican II, Mai 68, PAVÉS ? Quel lien faut-il faire ou ne pas faire ? Cinquante ans après Mai 68, certains en dénoncent toujours les effets ! Ce qui est une manière de souligner l’importance de l’événement. Bien sûr, il n’est pas comparable dans ses retombées à la décolonisation ou à la fin du régime communiste, mais il ne se réduit pas non plus à un simple feu de broussailles en Europe et principalement en France. Il se révèle comme la pointe de la révolte sociale qui va gagner les continents. Il est cependant indispensable de ne pas circonscrire l’événement à ses dérives extrémistes, de gauche ou de droite, sous peine d’en rester à à des stéréotypes.

En France, la contestation étudiante, la révolte ouvrière et la crise politique ont mêlé leurs voix. À propos de la contestation étudiante, Edgard Morin parle d’une brèche plutôt que d’une révolution. Ce sont les blocages de la société française qui devaient nécessairement déboucher sur un « autre chose ». Paul Ricoeur parle d’une « révolution culturelle qui met en cause la vision du monde, la conception de la vie sous-jacente à l’économique, au politique et à l’ensemble des rapports humains. Cette révolution attaque le capitalisme qui échoue à réaliser la justice sociale et qui réussit trop bien à séduire les hommes. (…) Elle attaque le nihilisme d’une société qui, tel un tissu cancéreux, n’a pas d’autre but que sa croissance. »[1]

Cinquante ans après ! Que d’interprétations en sens divers ! Il est cependant incontestable qu’une série de tendances néo-libertaires y puisent leur source comme le féminisme et le mouvement des homosexuels, pour ne citer qu’eux. Avant Mai 68, le modèle proposé à la jeune fille était celui de fidèle épouse et mère au foyer, au service du mari qui assurait la subsistance du ménage. Après mai 68, on commence à s’intéresser aux difficultés de la vie comme le vieillissement, l’infidélité conjugale, de l’épouse comme de l’époux, qui influe sur le nombre croissant de divorces, et tous les problèmes de la vie en société. C’est l’époque du triomphe d’un certain marxisme, dans le réveil du monde ouvrier comme dans les sciences sociales. Tout s’explique à la lumière de la lutte des classes. Mais ce mouvement va aller en s’amenuisant car il y aura la chute du maoïsme radical en 1976, les dissidents comme Soljenitsyne, le génocide avec Polpot. Ces événements vont amener un désenchantement du marxisme qui culminera en 1989 avec la chute du communisme et la fin de la guerre froide. La reprise en main par le monde politique n’en sera que plus facile.

En Belgique, l’ouverture du bal contestataire a eu lieu à Louvain. La revendication d’une université purement flamande a peut-être occulté la radicalisation de la jeunesse étudiante dans son opposition à la guerre du Vietnam. Mais le « diktat » de la conférence épiscopale de Belgique contre la scission de l’Alma Mater n’a fait qu’exacerber l’esprit contestataire qui s’est dès lors le mieux exprimé dans le « Walen Buiten ».

L’ULB n’était pas en reste. En 1968, le dédoublement linguistique de l’université hante déjà le conseil d’administration. Mais l’autoritarisme des dirigeants et la mise sous tutelle de la liberté d’expression sont dénoncées par le syndicalisme étudiant en pleine expansion. Une « Assemblée libre »  va occuper le grand hall de l’ULB pendant plus d’un mois. Les assemblées se font dans une atmosphère d’opposition à la guerre du Vietnam et à la dictature des colonels en Grèce. Il s’agit, selon Marcel  Liebman, d’une « entreprise de libération des consciences et des modes d’expression ». Mais, sans lien avec le monde ouvrier, le mouvement prendra fin avec l’intervention de la police.

Pour Raymond Aron, Mai 68 est un grand « rêve éveillé », c’est la mise au grand jour des contradictions de la société, une explosion libertaire qui a été dans l’incapacité de proposer une alternative au capitalisme et à la seule protection des intérêts du consommateur. Cette incapacité fera le jeu de tous les conservatismes. Mais la libération des consciences et tout ce qu’elle peut engendrer restent un atout pour l’avenir !

De même Vatican II.  À l’origine  il n’y avait qu’un jeune, un jeune de cœur : le Pape Jean XXIII. Il voulait ouvrir les fenêtres, dépoussiérer, assurer un « aggiornamento ». Était-ce un rêve éveillé, la volonté d’une mise à jour du nihilisme d’une Eglise qui ne visait qu’à assurer sa pérennité ? Là aussi, les avis divergent. Mais s’il s’agissait, de part et d’autre, d’un rêve éveillé, qu’il nous soit permis avec PAVÉS, HLM, les CCB et le Mouvement Chrétien pour la Paix de continuer à rêver, les yeux tout grand ouverts !


Philippe Liesse (Evangile sans frontières)

Notes :
[1] Paul Ricoeur, Réforme et révolution dans l’Université, Revue Esprit, 1968


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