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« Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur » (Is 40,1). Au Nicaragua

Amerindia anonyme
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Ce texte a été envoyé par la coordination d’Amerindia. C’est une organisa-tion œcuménique de théologiennes et théologiens, agents de pastorale et analystes de la société. Ce groupe est né à Puebla au Mexique en 1979 pour accompagner la réflexion des participants à la 3e Conférence épiscopale latino-américaine (CELAM). Elle poursuit actuellement ses travaux dans le but de coordonner et d’accompagner les expériences de l’Eglise à partir de la réflexion théologique spécifique aux peuples d’Amérique Latine. Telle est la présentation faite par les membres de cette organisation. Il est important de préciser que différents courants traversent cette commission, de la théologie de la libération à la théologie du peuple et du « buen vivir » que l’on retrouve chez le pape François, ainsi que des tendances plus proches de l’écologie intégrale. (J. Pirson)

1.    Voir la réalité avec un regard critique et plein d’espoir

« Le 18 avril 2018, un fait inédit s’est passé dans l’histoire de notre pays… Les jeunes étudiants universitaires de Managua, Léon, Masaya et autres villes, blessés dans leur humanité, sont sortis dans la rue pour se solidariser  avec les anciens qui réclamaient à la Sécurité Sociale leurs droits à une pension juste et sans réduction. De jeunes étudiants qui venaient également pour demander une meilleure gouvernance de l’État en vue de la défense des ressources naturelles ; pour ce motif elles et ils avaient déjà été  réprimés auparavant.

Ces gestes de demande sociale, profondément humains, ravivent une conscience critique. Celle-ci se manifeste par un ensemble de gestes contre  les actions de violation des droits humains et de la dignité de la personne. Peu à peu se réveille la conscience commune du peuple.

Riches et pauvres, entrepreneurs et travailleurs, gens à la vie aisée et gens simples, adultes et jeunes, grands-pères et grands-mères ensemble avec leurs petits-enfants,  catholiques et protestants, croyants et non croyants, sandinistes et non sandinistes, manifestaient dans les rues pour réclamer le respect de la vie, de la dignité humaine et de ses droits fondamentaux  comme la justice et la paix, la liberté d’ expression, le respect de la nature et un système politique de démocratie large et participative.

Ces droits ont été réclamés par les manifestants avec des centaines  d’expressions créatives et de multiples expressions de la riche culture populaire enracinée dans la tradition nicaraguayenne.

Des manifestations ont été organisées dans tout le pays, en tant qu’expression  de soulagement d’une société profondément réprimée et manipulée dans sa conscience populaire et ses sentiments religieux. Ceux-ci jaillissent avec une grande spontanéité chez des centaines de personnes, qui exigent une meilleure liberté, la justice, le respect des valeurs fondamentales de l’être humain, de la société et de l’environnement

La réponse du gouvernement ne s’est point fait attendre. Des actions répressives ont été organisées sous la devise « nous y allons à fond », montrant ainsi l’inhumanité des forces répressives. Des groupes de la jeunesse sandiniste coordonnent les habitants antisociaux des  quartiers  défavorisés et des francs-tireurs reliés à la police nationale qui s’opposent aux manifestants  en les massacrant et en créant une ambiance de terreur. Aujourd’hui encore nous vivons dans un état de siège avec les paramilitaires, un groupe non constitutionnel armé afin de contrôler, d’emprisonner, et de réprimer le peuple qui manifeste des signes d’opposition à la politique gouvernementale. »      

Surgit le mouvement des auto-convoqués avec la proposition d’un Dialogue national, lequel fut accepté par le gouvernement qui invite la Conférence  Episcopale comme médiateur et témoin du  dialogue. Des  commissions se forment et un mois après le début du conflit a lieu la première rencontre de l’Alliance civique pour le Dialogue avec le gouvernement.

La première rencontre organisée avec beaucoup de solennité et transmise par les moyens de communication fut une catharsis du peuple dans laquelle la commission, spécialement la délégation des jeunes, demanda au gouvernement avec beaucoup de courage de cesser la répression contre le peuple et sa  démission. Ils n’obtinrent rien, que du contraire : la répression grandit contre la citoyenneté et se créent les groupes paramilitaires pour désarticuler dans beaucoup de sang et de violence les barrages installés par les paysans et les habitants de toutes les villes du pays avec aussi l’occupation de quelques campus universitaires. On accuse les manifestants  de golpistes, terroristes, vandales... créant un état de siège avec des centaines de morts, disparus, blessés, des milliers d’exilés, des centaines de prisonniers injustement accusés et condamnés dans des prisons de haute  sécurité où le manque de respect  à leurs droits et dignité est la tendance générale qui caractérise cette situation.

Cette réalité complexe nous a conduits à une grave crise économique dans l’isolement international. Le  Gouvernement se referme dans une vision déphasée de l’autodétermination des peuples et de la souveraineté nationale, en plus d’une vision étriquée du  projet révolutionnaire. Il écarte les institutions internationales qui veillent sur les droits humains, la justice, la paix, l’état de droit et la participation citoyenne dans une société pleinement démocratique. Nous sommes tombés dans une crise économique qui ne se résoudra pas sans de nouvelles initiatives politiques qui apportent une réponse au malaise du pays. Seule une attitude courageuse et décidée du Gouvernement en se plaçant en attitude de dialogue sincère, ouvert et intégral, comme le peuple le lui demande, nous permettra d’ouvrir un horizon plein d’espérance pour le futur du Nicaragua. Jusqu’aujourd’hui l’unique réponse gouvernementale se poursuit par la répression sélective et croissante qui vise avec insistance les mouvements, organisations sociales, institutions de défense des Droits Humains et moyens de communication  non officiels. Le peuple profondément blessé et humilié doit récupérer la confiance et engendrer un processus  de guérison des blessures provoquées par la grande crise.

 

2.  Un espoir à partir de la foi chrétienne et des sentiments humains qui naissent du plus profond du cœur

« Nous vivons entre ombres et lumières, mais avec la certitude que Dieu s’est manifesté dans les êtres humains. Sa vie et ses actions nous révèlent  la force créatrice et transcendante de ce Dieu de la Vie et de l’histoire qui accompagne notre cheminement. L’amour de la vie, la défense de la vérité, le respect de l’autre, ses droits fondamentaux, sa dignité, le désir de liberté et justice sont des principes originaires de la dignité humaine qui nous parlent d’un Dieu d’amour, de paix, de vie, révélé dans la Parole qui s’est incarnée…

Ces sentiments profonds nous remplissent d’espérance en vue de la construction d’une société inspirée par les grandes valeurs d’humanité, ouvertes à la tradition de Jésus. Elles nous éclairent en vue de la construction d’une société respectueuse des  grandes valeurs de la tradition chrétienne, et nous inspirent une pratique de la justice qui apporte la paix. Celle-ci se base sur la construction d’un nouveau contrat social qui garantit avec radicalité les droits des femmes et des hommes relégués de l’histoire : les préférés de Jésus (cf Mt 5, 1-11).

Plus que jamais nous avons besoin de racheter les valeurs les plus élémen-taires de l’être humain  et de la communauté : défendre la vie, ne pas tuer – dire la vérité, ne pas mentir – respecter les droits de autres, ne pas voler – promouvoir de saines relations entre femmes et hommes, ne pas abuser des autres – distribuer avec équité le fruit du travail humain, justice sociale – respecter les biens de la création, justice écologique.

Ces principes de la vie humaine manifestés dans l’Histoire du salut, trouvent leur plénitude dans la vie de Jésus et son message proclamé dans le sermon sur la montagne où il met comme centre de sa spiritualité les Béatitudes, semence d’un monde nouveau, alternative aux pouvoirs de ce monde dans lequel l’amour de ceux qui ne possèdent rien, des pauvres et l’engagement pour la justice feront de nous chrétiens.nes les témoins du monde nouveau dont nous rêvons tous et toutes.

La foi dans un Dieu défenseur de la vie et de la dignité de la personne doit orienter notre engagement en vue du bien commun. Si ces valeurs humaines profondes ne sont pas vécues, utiliser Dieu pour légitimer des projets qui vont à l’encontre de la dignité et la justice revient à blasphémer. »

 

3.  Nous nous engageons à renouveler notre espérance dans un autre Nicaragua possible

Pour créer ce nouveau monde dont nous rêvons tous et toutes, nous devons partir de l’analyse objective et vraie  de la réalité, des faits qui se sont passés, analyser leurs causes et déterminer  la responsabilité de leurs acteurs. C’est un principe évangélique annoncé par Jésus. La vérité vous rendra libres (Jean 8,32).

Il ne peut y avoir un processus de conversion si nous n’assumons pas la réalité objective des faits et la responsabilité de leurs acteurs pour faire justice.

Croire en Yahvé, c’est pratiquer la justice. La valeur de cette expression biblique se manifeste dans l’authenticité  des deux faces de  la pièce de monnaie. Une  justice réparatrice avec les morts et leurs familles ; il est interdit d’oublier les morts, c’est la consigne donnée lors des funérailles d’Alvarito Conrado, l’adolescent de 15 ans assassiné par un franc-tireur alors qu’il allait porter de l’eau aux étudiants d’une manifestation.

Nous exigeons la liberté pour les prisonniers et prisonnières politiques, criminalisés et jugés sans raison, soumis à des tortures, dans le non respect de leurs droits fondamentaux comme êtres humains.

Nous demandons un dialogua articulé sur les inquiétudes du peuple, exprimées dans ces multiples et massives manifestations, exigeant le respect des valeurs universelles violées dans notre pays.

Nous demandons de manière urgente un accompagnement du peuple pour travailler les deuils, libérer la douleur et  s’ouvrir à un processus de réconciliation, une réconciliation qui sera seulement possible à partir de la vérité, la reconnaissance de chaque responsabilité, la justice; la réparation et la garantie de non-répétition du dommage causé, lequel exige la formation d’une commission de la vérité objective, impartiale et professionnelle.

Nous nous engageons à défendre les grandes valeurs qui inspirent cette révolution civique et solidaire, et la mystique de la non-violence active.

Cette  crise institutionnelle exige de nous tous et toutes de réfléchir sur un nouveau pacte social qui soit le paradigme qui inspire et régularise notre convivence à partir de la riche expérience de l’histoire plus récente, nouvelle, motivante d’espoir et de solidarité entre les peuples.

Confiants dans le projet de Jésus, nous sommes animés pour vivre l’espérance d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle où habite la justice, qui dépasse les idéologies déstabilisatrices des grandes valeurs humaines qui illuminent notre esprit ; ces dernières inspirent dans notre cœur un amour de compassion et fortifient l’orientation de notre conscience dans une pratique cohérente, responsable…

Cette espérance se fortifie dans la fraternité, l’accueil, le partage solidaire et bien d’autres valeurs profondément humaines avec lesquelles  le peuple s’exprime chaque jour, manifestant  en eux une foi et un grand engagement  dans le projet de Jésus : « Un autre monde est possible », une autre manière d’établir des liens politiques, économiques, juridiques, sociaux, religieux, affectifs et écologiques entre les êtres humains, un autre horizon d’espérance…

« La justice comme source d’une paix stable et permanente. L’œuvre de la justice sera paix et le service de la justice tranquillité et confiance pour toujours. « (Is 32,17)

 

Amerindia anonyme

Notes :

Source : http://www.amerindiaenlared.org/contenido/13770/amerindia-nicaragua-renovamos-nuestra-esperanza-en-otra-nicaragua-posible/

traduction : Joseph Pirson





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