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Échos de la réunion du Collectif Européen

à Genève, 5-6-7 avril 2019

Pierre A. Collet
Publié dans CEM n°123 (6/2019)

Pendant longtemps, du temps d’Ernest Michel et encore après son décès, c’est Bruxelles qui accueillait chaque année les délégués des communautés de base, à l’avenue Brugmann puis au Chant d’Oiseau. Depuis une bonne dizaine d’années, on assure une "tournante" : et c’est la Suisse romande qui recevait cette fois les dix délégués européens, Massimiliano Tosato pour l’Italie, Inma Zamorano pour l’Espagne, Charlie Wenk pour la Suisse alémanique, Geneviève Wepf pour la Suisse romande, Rotraut Lakmaier pour l’Autriche, Marie-Pascale et Gilbert Clavel pour la France, Johan Bergé pour la Belgique flamande, Marie-Astrid et Pierre Collet pour la Belgique francophone. Le Pays Basque s’était fait représenter par Inma et nous n'avons malheureusement plus de nouvelles de Hongrie ni de République Tchèque, ni du Royaume-Uni depuis plus longtemps encore. Quant aux Pays-Bas qui avaient envoyé quelqu’un l’année dernière, ils n’ont pas répondu à l’invitation, mais Johan a pu relayer quelques informa-tions après sa rencontre avec Isaac Wüst quelques semaines auparavant.

Nous avons une chance unique lors des réunions du collectif, c’est que tous les délégués actuels comprennent et parlent le français ! C’est sans doute un des seuls lieux internationaux qui jouisse encore de ce "privilège"... Merci à vous, nos amis d’Italie, d’Espagne, d’Autriche, de Suisse et de Flandre, de continuer à faire cet effort.

C’est Geneviève qui avait pris en mains l’organisation de la rencontre et qui nous accueillait au Foyer international John Knox au Grand-Saconnex. Les lieux se sont révélés bien adaptés, au calme tout en étant proches du centre, spacieux et confortables, la salle de réunion agréable, et l’intendance au top. Pour compenser le surcoût assez évident d’un tel séjour en Suisse pour les "pauvres" Européens que nous sommes, les communautés suisses avaient organisé entre elles une levée de fonds pour prendre eu charge tous les frais "de bouche", repas et boissons. Merci beaucoup, encore une fois, de même que pour l’intermède touristique de la soirée de samedi, qui nous a permis de visiter le cœur de la vieille ville de Genève et d’y goûter à la gastronomie locale !

Comme chaque année, ce sont les nouvelles de nos pays qui occupent une bonne partie de nos échanges, même si le terme n’est pas le plus approprié, la "nouveauté" n’étant pas une caractéristique de ces rapports ni des groupes représentés... On ne reviendra donc pas ici sur les présentations pays par pays et qui ont fait l’objet d’un article de notre bulletin de décembre 2017, toujours accessible en ligne. J’ai pourtant le sentiment que la présence de nouveaux délégués (Geneviève depuis 2 ans, Johan depuis l’an dernier et Charlie cette année) renouvelle les approches et enrichit considérablement les échanges : appel du pied à ses compatriotes de la part du signataire de ces lignes qui risque de se voir reprocher bientôt près de 20 ans de délégation au Collectif...

Et donc pour résumer très brièvement, rappelons quelques "constantes" : des communautés disparaissent faute de combattants, celles qui subsistent sont souvent en voie de diminution, le vieillissement et l’état de santé rendent les réunions plus difficiles, et la présence de plus jeunes n’est généralement même plus évoquée (sauf dans plusieurs communautés en Autriche – qui ont gardé des liens "paroissiaux" – où les moins de 35 ans font le tiers des effectifs...) Mais on souligne aussi l’enthousiasme toujours vivant, plus manifeste dans certains pays que dans d’autres, en particulier en ce qui concerne deux domaines. On relève ainsi presque partout un engagement très concret dans l’accompagnement des migrants par les communautés en tant que telles, comme en Italie (à Naples, par exemple), en Autriche, en Suisse ainsi qu’en France. Ailleurs c’est la défense des droits humains qui mobilise principalement, avec un fort accent "féministe" en Italie par exemple, mais aussi des actions ciblées face aux scandales d’abus sexuels dans l’Église ou dans les manifestations anti-armement. L’autre domaine qui mobilise les communautés concerne un besoin de ressourcement plus "spirituel" qui s’exprime ici dans des retraites annuel-les, là dans l’apprentissage et la pratique de la méditation, voire du yoga, ailleurs encore dans la recherche biblique, dans le dialogue œcuménique ou dans la célébration. 

Nos échanges ont ensuite pris plusieurs directions dont je retiendrais les deux "propositions" suivantes qui pourraient bien être complémentaires. La première pourrait s’intituler "héritage" ! Puisqu’il est vraisemblable que le mouvement des communautés de base ne nous survivra pas, on a suggéré qu’il serait opportun de faire le point de ce que cette expérience nous a apporté en termes d’appropriation de la foi et de convictions plus personnelles, de soutien communautaire et d’espérance, de découverte de la bible et de la prière, de participation et d’égalité entre tous. Il faudrait donc rassembler les informations déjà existantes, voire publiées, qui sont éparpillées dans nos régions, et peut-être solliciter les communautés pour qu’elles les actualisent. Et puis très concrètement cette fois, on a souhaité que les "archives" de tout ce qui s’est fait au niveau européen depuis 35 ans ne disparaisse pas aux oubliettes, mais aucune procédure n’a été mise en place.

La deuxième proposition s’inspirerait des constats et des expériences menées en Flandre où les "communautés de base" auraient pratiquement disparu – en tout cas en tant que coordination structurée – au profit d’un réseau de "groupes de base". Oserait-on dire que les Pays-Bas ont aussi évolué dans une direction un peu semblable, mais personne n’était présent pour nous préciser dans quelle mesure et si c’était une tendance générale. Il faudrait évidemment prendre la peine de s’interroger sur la différence qui a fait abandonner en Flandre l’appellation "communauté", mais nous ne l’avons pas fait... En tout ca, de manière très empirique, on peut garantir l’accent sur les deux autres caractères que sont la référence "chrétienne" et l’expérience "de base", cette dernière exprimant sans doute au mieux la différence avec les paroisses de l’église institutionnelle.

De cette discussion a surgi l’idée de mener une enquête dans les différents groupes et communautés de nos pays : il s’agirait de repérer et de contacter les autres groupes qui ont un but chrétien, social, communautaire similaire au nôtre, de s’informer s’ils seraient intéressés par des contacts avec les CCB pour former un réseau avec nous. Ou si au contraire ils préfèrent rester isolés, totalement indépendants et concentrés sur d’autres priorités. Cela représente bien sûr un gros travail de recherche patiente et de prises de contacts, mais nous avons eu l’occasion de citer suffisamment de groupes pour nous rendre compte que c’était possible... Il existe d’ailleurs une réalisation de ce type en Flandre par nos amis de Bezield Verband : c’est une carte avec les "groupes" existants et ce qu’ils vivent[1], et la même chose existe aux Pays-Bas. L’idée étant d’enrichir "notre offre de communautés" et même de rendre cette offre publique. La collecte et l’analyse de ces résultats pourraient faire l’objet de notre prochaine réunion du Collectif.

On peut évidemment discuter à l’infini de l’opportunité de proposer une telle offre, et du risque de paraître ainsi comme une sorte d’"église parallèle", voire poussant au schisme... Mais dans la foulée de ce que dit et répète depuis tant d’années Joseph Moingt, il nous semble que seules des communautés proches, à taille humaine, sur pied d’égalité, fraternelles, sont capables de refléter et de mettre en pratique la volonté de libération et de fraternité qui caractérise le message de Jésus. Il ne s’agit pas de nier l’utilité des institutions et l’efficacité de leurs règles et de leurs activités, mais de reconnaître que la vie et la foi, pour nous, se passent ailleurs.

C’est d’ailleurs ce que nous avons pu vivre aussi dès le dimanche matin, puisque la communauté de Meyrin nous invitait à sa célébration mensuelle. Notre présence portait le groupe à une petite cinquantaine et nous nous sentions parfaitement "à la maison" avec des chants bien choisis pour que nous y participions, des échanges bien guidés en groupes d’une dizaine sur un texte paulinien pourtant difficile, et une eucharistie aussi priante que partagée, qui nous a conduits tout naturellement au repas convivial, comme c’est l’habitude dans cette communauté, chaque participant, chaque famille apportant sa part du buffet légèrement augmentée cette fois pour cause de présences étrangères… Merci à tous les membres de cette belle commu-nauté pour leur accueil, leur dynamisme, l’amitié partagée.

La prochaine réunion du Collectif européen se tiendra à Lyon fin avril 2020.


Pierre A. Collet (pavés)

Notes :

[1]  https://www.bezieldverband.be/ontdek




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