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Qu’attendons-nous de ce synode ?

Collectif (Pavés)
Publié dans Bulletin PAVÉS n°69 (12/2021)

Beaucoup d’entre nous partagent sans doute les réflexions de Dominique Collin dans les pages qui précèdent : c’est d’une radicale "conversion des mentalités" que nous avons besoin, mais surtout de mise en pratique concrète des belles théories, fussent-elles papales… Les groupes dont nous faisons partie ici comme à l’international sont assez unanimes : ils disent non à un synode où seuls les évêques auraient le droit de parole et de vote alors que "le peuple" n’aurait participé, au mieux, qu’à une phase de consultation. D’autant plus que la stratégie généralement mise en place pour celle-ci ne semble guère attentive à interroger "les marges" où nous nous situons, volontairement ou non… C’est ainsi que le prochain Rendez-Vous online annoncé pour le 11 décembre par la Conférence des Baptisés et qui sera le 4e, porte comme titre : Pas de synode sans tous les baptisés. On cite même le pape François : « Tout le monde est protagoniste. Personne ne peut être considéré comme un simple figurant »[1].

Le Mouvement International Nous Sommes Église vient de publier un Communiqué de Presse qui va dans le même sens et « exhorte le pape François à remplacer le Synode des évêques par une Assemblée de tout le Peuple de Dieu qui refléterait la diversité de l’Église et où au moins 50 % de l’Assemblée serait des femmes […] »[2]

Plus précisément, un membre de la Conférence des Baptisés, Jacques Neirynck[3] fait une suggestion inspirée par la publication du Rapport de la CIASE, quasi concomitante avec l’ouverture du Processus Synodal. Convaincu qu’il serait intéressant d’aller voir comment les autres Églises s’en sortent, il propose trois pistes. « 1. Abroger la coïncidence de tous les pouvoirs entre les mains d’une personne, l’évêque ou le pape […] : une pratique simple consisterait à donner au synode tous les pouvoirs législatifs et de conserver à l’évêque le pouvoir exécutif. 2. Le célibat obligatoire […] : une réforme du clergé catholique devrait comporter le recrutement d’hommes et de femmes, mariés ou non. 3. Les facultés de théologie […] : il semble élémentaire d’instaurer la liberté académique comme allant de soi pour les chercheurs en théologie. […] »

Dans une lettre ouverte à Michel Aupetit, archevêque de Paris, le porte-parole de la Communauté de Saint-Merry Hors-les-Murs fait une proposition concrète d’un grand Rassemblement du peuple chrétien de Paris en juin prochain. Avec trois points à l’ordre du jour : « 1. Pour vivre en Peuple de Dieu, quel conseil pluraliste faut-il créer ? Quels mécanismes mettre sur pied pour entendre la voix de tous et en particulier des plus fragiles et pour prendre les décisions ? 2. Oser mettre à plat la question de la spécificité de la mission confiée aux prêtres : il ne s’agit en rien d’une "lutte des classes", ni de permettre aux laïcs d’exercer le pouvoir à la place de… ! Mais de vivre la coresponsabilité de tous. 3. Comment adapter le langage, les gestes, la liturgie de l’Église afin qu’ils soient compréhensibles par nos contemporains ? »[4]

Le site Dieu maintenant a aussi donné la parole à ses amis.[5] Les remarques de Francis Raugel ne manquent pas d’intérêt, par exemple à propos de « décisions élaborées collectivement », de « méthodes de travail en petits groupes », de « fonctionner en tandem », aussi pour les célébrations. Etc.

Nous lançons aussi notre petite "enquête" et vous invitons à envoyer vos avis : qu’attendez-vous de ce "processus" ? Trois d’entre nous s’y sont déjà risqués dans les pages qui suivent…

Pierre COLLET


La synodalité ! Un mot à géométrie variable !


Il est donc primordial de bien s’entendre sur la signification du terme. Celui-ci pose, à mon sens, une seule question : Comment faire communion ?

Il ne s’agit pas de se demander comment les clercs (évêques et prêtres) vont s’entendre entre pairs pour régir une pastorale de cohésion. Il ne s’agit pas d’une collusion entre laïcs pour réagir à des directives.

La synodalité suppose d’abord de bannir toutes formes de cléricalisme. Celui-ci est un véritable gaz asphyxiant à deux composantes. La première est le formatage en supériorité des clercs et la seconde est le formatage en dépendance des laïcs.

La communion dans la foi n’a de sens que si l’on coupe le cordon clérical. La synodalité n’a de sens que si elle est l’affaire de tous, sans aucune connotation de dépendance ou de soumission des uns par rapport aux autres. Il faut vraiment changer la perspective.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est mal parti !

Philippe Liesse


Processus synodal : opportunité ou miroir aux alouettes ?


Par rapport à l’ouverture du processus synodal, la démarche ne manque pas d’intérêt mais nous avons l’impression qu’il s’agit d’une vaste consultation dont les résultats risquent fort d’être réduits à une liste de bons sentiments et de vœux pieux sans aucune mise en contexte de la situation. Nous avons l’impression de propositions inscrites dans la foulée des années 1960 et de ce que la proche période postconciliaire de Vatican II pouvait laisser espérer.  Or le contexte a fortement changé, notamment en Europe occidentale : baisse énorme du nombre de personnes affiliées, perte de crédit de l’Église comme institution depuis plus de quarante ans. Ceci exprimé tout en accordant crédit à la bonne volonté des personnes à la base de la démarche synodale…
Toute démarche s’inscrit dans un contexte particulier. L’expérience actuelle nous montre notamment le court-circuitage d’initiatives locales, la mise sous surveillance de communautés où des femmes et des hommes ont investi du temps dans une perspective non cléricale : le prêtre desservant local apparaît davantage comme le délégué du pouvoir central que comme celui qui veille à animer un travail collectif. Les communautés de base ont mis en évidence l’importance de l’engagement social à différents plans ; leur travail a été pas ou peu relayé dans l’institution…

Par exemple que se passe-t-il en cas de conflit lourd au plan local ? Quelles sont les instances indépendantes qui permettent de sortir des blocages ? Qu’est-ce qui permet à des jeunes et moins jeunes d’arriver avec leurs démarches, leurs questions de sens pour lesquelles n’existent pas ou peu de lieux dans notre Église qui puissent répondre à leurs attentes. Les propositions d’assemblées locales ne risquent-elles pas de s’adresser essentiellement aux "observantes et observants" pour reprendre les termes de Josselin Tricou… Il nous paraît important de poser des jalons par rapport à ce qui fait sens et peut faire sens aujourd’hui encore dans la dynamique de l’Évangile.

Monique et Jo Pirson-Goosse

 

La synodalité : formule miracle pour rajeunir l’Église ?


Le pape François dont le dynamisme est impressionnant invite l’Église à réfléchir sur la synodalité. C’est évidemment une question fondamentale. Des pratiques de synodalité sont essentielles aujourd’hui dans notre monde démocratique. La synodalité se vit déjà heureusement dans certains lieux d’Église quand les responsables sont capables de faire confiance, de gérer les conflits, d’animer des réunions efficaces, de faire des évaluations, de tenir les engagements pris.

Mais il me semble qu’une des grandes faiblesses, en tous cas chez nous, c’est la "gestion du personnel" pour prendre une expression peut-être pas très heureuse. Un de mes amis religieux qui avait travaillé en usine disait que si son usine était gérée comme l’Église, elle aurait fait faillite depuis longtemps. Je crois qu’il y a dans notre Église un grand déficit de formation permanente. J’ai quelques amis prêtres dans le diocèse d’Antsirabe à Madagascar. Dans ce diocèse des Hauts Plateaux, tous les prêtres se réunis-sent trois jours par mois pour un temps de formation, de récollection et de partage pastoral. Les catéchistes, femmes et hommes, qui animent les communautés, président la prière dominicale et assurent l’homélie, se retrou-vent deux jours par mois dans le district avec les prêtres pour faire le point de leur travail pastoral. Mes amis malgaches tempèrent mon enthousiasme en me disant que ce n’est pas pour cela qu’il n’y a pas de soucis !

N’empêche. Je crois que, pour qu’il y ait un fonctionnement synodal, il faut pouvoir assurer aux responsables pastoraux, laïcs et prêtres, un accompagnement solide, des évaluations régulières et une formation continue efficace.

Une autre question fondamentale, je crois : quels "ministères" pour des communautés vivantes et qui pour les exercer ?

Mais la critique est aisée et l’art est difficile. D’autant que les attentes sont très diverses…

Etienne Mayence


Collectif (Pavés)

Notes :

[1]  https://baptises.fr/content/communique-presse-du-11-octobre-2021

[2]  Voir ci-dessus p. 5-7 et https://www.we-are-church.org/413/

[3]  https://baptises.fr/content/trois-propositions-evidentes-induites-par-45-recommandations-ciase  

[4]  https://saintmerry-hors-les-murs.com/2021/11/28/lettre-ouverte-a-michel-aupetit/

[5]  http://www.dieumaintenant.com/ciasepointsdevuedamis.html




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