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Ministères féminins : de la réflexion à l'action...

… quand la transgression devient réponse évangélique à un blocage

Marie-Astrid Collet
Publié dans HLM n°102 (12/2005)

« Aussi longtemps que les femmes forment environ 90% des bénévoles qui rendent service dans l'Église, tout le monde est bien content de les avoir. Mais dès qu'elles voudraient aussi s'occuper des sacrements, cela devient "un problème". Dans le sanctuaire avec un seau et une serpillière, d'accord. Avec un calice ou un livre… horreur ! Pourquoi ? » (Marie-Cécile)

 

Saisie sur un forum (http://forum.la-croix.com), cette réflexion parmi d’autres résume la problématique avec un rien d’humour qui rehausse l’opportune question.

Déjà en 1990, après le Congrès de la Fédération Internationale des Prêtres Mariés à Doorn et le Synode des évêques, j’avais écrit l’article Le ministère de l’ordre pour les femmes[1].  Depuis, nihil novi sub sole : la hiérarchie a durci ses propos, mais des actes de transgression ont eu lieu : lasses d’attendre une autorisation et frustrées d’entendre les mêmes sempiternels arguments, des femmes sont passées de la réflexion à l’action… Ma participation en septembre au Congrès de la FIPCM m’a replongée dans le sujet grâce à la conférence d’Alice Gombault, Ministères féminins. Quelle contribution à une Église renouvelée ?[2]

Nous le savons, aucun argument théologique ne tient la route : s’adressant d’ailleurs, avant la rédaction d’Inter insigniores, à la Commission biblique pontificale, Paul VI reçoit une réponse ouverte : le Nouveau Testament ne permet pas à lui seul de résoudre la question. Sans tenir compte de cet avis, il publie l’encyclique en 1977 : "l’Église ne l’a jamais fait" reste pour lui le seul argument qui demeure.

Jean-Paul II en 1994, dans la Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis de 1994, verrouille le sujet en déclarant l’ordination exclusivement réservée aux hommes et la question définitivement close. Preuve que « le premier texte de Paul VI n’avait pas empêché la poursuite de la promotion des femmes dans les sociétés occidentales et surtout leurs pratiques ecclésiales naguère réservées au prêtre ». Deux ans plus tôt, en 1992, l’Église anglicane vote le principe de l’ordination des femmes. Voilà les anglicans accusés par le Vatican de saboter les démarches vers l’œcuménisme ! Opposés à cette décision, deux ou trois cents prêtres anglicans rejoignent l’Église catholique qui les accueille à bras ouverts, avec femme et enfants.

Entre alors en scène le cardinal Ratzinger qui, avec l’artillerie lourde, signe une note de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1995) précisant le statut d’Ordinatio sacerdotalis : elle « engage l’infaillibilité du magistère sur une doctrine d’exclusion des femmes de l’ordination à la prêtrise qui est présentée comme appartenant au dépôt de la foi et exigeant un assentiment définitif. D’une règle, qu’on pouvait penser seulement disciplinaire et historique, on a fait une doctrine de foi ».

Alors que les discours romains sur "la femme" témoignent d’une évolution timide[3] (quand il s’agit de sa condition dans la société), s’il devient ques-tion du ministère ou des responsabilités en Église, le ton change : la nature et la vocation sont autres, l’égalité des sexes ne veut pas dire identité, …

Un des arguments continue à circuler et interpelle. Il me vexe, comme beaucoup de femmes, mais aussi, je le crois,  comme beaucoup d’hommes. Porte-parole des évêques, l’abbé E. de Beukelaer l’utilise encore : « Si Jésus était un homme, cela signifie quelque chose, mais la société change, et les femmes accèdent de plus en plus à des postes de responsabilité »[4]. Double langage, qui cache encore l’argument de certains responsables : le Christ était un homme et ne peut être représenté que par un homme, ce dernier agissant in persona Christi. Cette affirmation pose une véritable question théologique à laquelle répond Alice Gombault : « La personne du Christ est-elle entièrement déterminée par sa masculinité, ou bien le Christ porte-t-il en lui toute l’humanité, donc l’humanité bisexuée ? Vir ou homo, aner ou anthropos ? En théologie, on dit que le Christ n’a sauvé que ce qu’il a assumé. S’il n’a assumé que la masculinité en lui, il n’aurait sauvé que les hommes et les femmes ne le seraient pas. S’il a sauvé l’humanité entière, c’est qu’il a assumé aussi la féminité et à ce titre une femme peut agir in persona Christi ».

Le temps de la transgression est venu pour certaines femmes. Dès juin 2002, des femmes catholiques, majoritairement allemandes et autrichien-nes, passent à l’action : un évêque argentin en rupture avec Rome et peut-être d’autres, procède(nt) à l’ordination de sept d’entre elles, sur un bateau voguant sur le Danube. En juillet de cette année 2005, dix femmes ont été ordonnées diacres ou prêtres, et cette fois par des femmes évêques : la française Geneviève Beney a été ordonnée prêtre, sur un bateau croisant sur la Saône et le Rhône.  Acte de foi mais aussi de protestation : à cinquante-cinq ans, cette femme diplômée de théologie, sans enfant et mariée à un protestant, est ainsi devenue la première femme ordonnée prêtre dans l’Hexagone. Favorable à "une modification de la loi" canonique permettant "aux hommes mariés, aux femmes mariées ou non d’accéder à ce ministère", elle se retrouve de facto excommuniée, donc interdite des sacrements de l’Église[5]. Une mise au ban qui ne dissuade pas les candidates à l’entrée dans les ordres de par le monde. Une cérémonie similaire a eu lieu le 25 juillet sur le continent américain, et une soixantaine de femmes suivraient actuellement une formation pour devenir prêtres à leur tour. Selon la déclaration de Femmes et Hommes en Église du 15 juillet 2002, « la décision qui vient d’être prise à Rome fait la démonstration d’un autoritarisme dogmatique qui provient de l’ignorance de l’histoire et ne peut plus être reçu. Il va de pair avec un manque d’écoute et de confiance contraires à la vie pastorale et communautaire ». 

Mais le temps de la réflexion se poursuit toujours : comme en témoigne aussi John Wijngaards[6] à travers le site www.womenpriests.org, il est temps de « rencontrer les besoins pastoraux de groupes spécifiques, tels que le clergé et les laïcs troublés, les femmes qui se sentent aliénées, les théologiens et les professeurs harcelés, les femmes catholiques qui se sentent appelées à une vocation, … tout en reflétant l’amour et le respect envers notre foi catholique, l’Église, la tradition, l’unité de l’Église, les autres églises chrétiennes et le bien être spirituel des croyants ». Lors du Congrès de Womens Organisation de juillet dernier, la réflexion et l’action – l’ordination de femmes – étaient bien scindées car toutes et tous ne sont pas sur la même longueur d’ondes[7].

Et c’est avec grand intérêt pour cette stimulante question qu’une déléga-tion de PAVÉS dont je ferai partie, se rendra à Paris, les 20 et 21 janvier 2006, pour le premier colloque international « Femmes prêtres. Enjeux pour la société et pour les Églises » organisé par Femmes et Hommes en Église.  Nous participerons à des échanges d’expériences avec l’espoir de nourrir une réflexion pertinente sur la question plus globale des ministères pour aujourd’hui … afin de ne pas conforter le système encore trop miso-gyne, clérical et hiérarchique que nous subissons. Car pour certains d’entre nous, la question plus fondamentale subsiste : de quels services nos communautés ont-elles besoin ? À quoi servira-t-il de remplacer un clergé masculin par un clergé féminin ? Un débat urgent ne devrait-il pas commencer par là ? Affaire à suivre…


Marie-Astrid Collet (Hors-les-murs)

Notes :
 [1]. HLM, n° 41-42, novembre 1990, p. 25-26. 
[2]. Éditrice de la revue Parvis, elle a donné cette conférence publiée dans le dossier,  Le renouveau des ministères, services aujourd’hui, qui fut  remis aux participants du Congrès de la Fédération Internationale des Prêtres Catholiques Mariés qui s’est tenu à Wiesbaden, du 16 au 19 septembre dernier.

[3]. Ainsi dans Mulieris dignitatem, en 1988, Jean-Paul II parle d’égalité essentielle et de parfaite réciprocité entre les hommes et les femmes ; en 1995, avant la conférence de l’ONU sur les femmes, il reconnaît publiquement à Pékin la situation de péché et la rupture de l’équilibre voulu par Dieu que constitue la domination des hommes sur les femmes. Alice Gombault, op.cit., titre 6.2,  p. 3. Les autres citations non référencées sont extraites de cette conférence.

[4]. Le Journal du Mardi, n° 241, 8 novembre 2005, p. 9.

[5]. Geneviève Beney dans le hors-série 2005 que la revue Golias consacre à ces ordinations.

[6]. Lors d’une interview que m’a accordée en janvier 2005, cet ancien père blanc, vicaire général à Londres en 1982, aujourd’hui marié à Jackie Clackson qui se sent appelée à la prêtrise.  Accessible en 8 langues, ce site présente l’ensemble de la question et les différents points de vue : toutes les références  bibliques, patristiques,  vaticanes traitant de la femme, les arguments en faveur de l’ordination, …

[7].  Lire à ce sujet : Les ordinations de protestation ne tiennent pas compte de la communauté par Rosemary Ruether, dans le National Catholic Reporter, 2 mai 2003, repris sur le site mentionné dans le texte.



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