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Bethléem bantoustanisée

Edouard Brion
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Si Joseph et Marie arrivaient cette année aux abords de Bethléem, ils seraient très étonnés de se trouver nez à nez avec un énorme mur en béton d’une dizaine de mètres de haut, surmonté aux angles de miradors aux vitres teintées, aux allures menaçantes et leur barrant la route. Mais ce qui les aurait probablement surpris davantage, c’est de lire sur un grand calicot fixé au mur près de la porte d’entrée : « Que la paix soit avec vous ! », signé Ministère du Tourisme Israélien. En d’autres termes : « Bienvenue dans notre prison ! ». Car ce mur qui encercle cette ville de Judée l’a transformée en une gigantesque prison où seul le ciel est ouvert. C’est, en tout cas, l’expérience qu’a faite notre groupe de pèlerins de Bruxelles et Wallonie quelques semaines avant Noël à l’appel du Mouvement Chrétien pour la Paix.

Commencé en 2002 au nord des territoires occupés par Israël, le mur a officiellement pour fonction de rendre impossibles les attentats « terroristes » de la part des Palestiniens. En fait, il empiète continuellement sur leurs terres, réduit d’autant le peu qui leur reste, et fait partie d’une politique de morcellement des territoires sous juridiction palestinienne. Il mène à une sorte de bantoustanisation et rend pratiquement impossible l’établissement d’un Etat viable, en dépit de toutes les promesses faites par les Etats-Unis et l’Europe.

 

Mais une fois arrivé aux abords de Jérusalem et surtout de Bethléem, il acquiert une signification symbolique poussée jusqu’à son paroxysme. « Les pierres elles-mêmes crieront » dit la Bible. Cette ville, lieu de naissance du Prince de la Paix (Isaïe) est devenue le signe de l’oppression et de l’enfermement partout dans le monde et d’abord pour le peuple palestinien partout dans le pays. Chaque entrée et sortie est soumise à d’humiliants contrôles d’identité aux barrages militaires. Même devant des malades qui demandent d’être transportés d’urgence à l’hôpital ou des femmes sur le point d’accoucher, on n’est jamais sûr de pouvoir passer et plusieurs y ont laissé leur vie. C’est l’arbitraire le plus complet.

 

De plus, comme nous le disait Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, dans ces villes-prisons se développe une psychologie carcérale. Les gens vivent sous une tension continuelle et le moindre incident peut dégénérer très vite en une explosion de violence. D’où le désir de s’évader le plus vite possible et le plus loin possible, en Europe ou aux Amériques. Ce phénomène touche tous les Palestiniens, musulmans et surtout chrétiens. Ceux-ci espèrent trouver plus facilement un accueil dans les pays historiquement chrétiens et où ils ont déjà des connaissances. Doit-on attendre à terme ce qu’on a appelé « mort des chrétiens d’Orient » (Valogne) ? Il est trop tôt pour le dire. Pour l’instant, le chiffre des chrétiens reste stable, les naissances compensant les départs. Mais proportionnellement, ils diminuent toujours de plus en plus. Quelle que soit leur religion, tous ces partants rencontrent, à leur corps défendant, les visées des dirigeants israéliens, qui ont intérêt à vider le pays pour occuper la place laissée vacante. Une stratégie qu’ils avaient déjà mise en route lors de la fondation de l’Etat dès 1947, avec l’arme de la terreur.

 

C’est dans ce Bethléem, qu’auront lieu les fêtes de Noël, à trois dates différentes suivant les Eglises et en conformité avec les stipulations minutieuses du "statu quo" de 1854. Le 24 décembre prochain,  Mgr Sabbah célébrera dans l’église Ste Catherine, tout à côté de la vieille basilique constantinienne. C’est ici que les orthodoxes et les syriaques se retrouveront le 7 janvier et les arméniens le 18. Pour entrer, ils emprunteront la « route des patriarches » et passeront par une porte qui ne s’ouvre que pour ces trois occasions. Une route pratiquement tuée par le mur. Chacun suivant leur rite, en présence de l’Autorité palestinienne et des représentants des puissances occidentales, leur prière acquerra une dimension de protestation contre le grand mensonge, le grand leurre : on dit qu’on veut la paix, mais on laisse triompher la violence. « Jusques à quand Seigneur ? » comme dit le psaume.

Edouard Brion (Mouvement Chr?tien pour la Paix)


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