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Un diocèse meurtri et inquiet

Etienne Mayence
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Le 1er décembre fut une dure journée à l’évêché de Tournai et l’onde de choc provoquée par les décisions annoncées a secoué l’ensemble du diocèse.

Pour ceux qui n’ont pas suivi l’actualité diocésaine tournaisienne, voici un bref rappel des faits : depuis sa nomination comme évêque, il y a trois ans, Guy Harpigny avait gardé comme vicaire général Paul Scolas, qui assurait déjà ce rôle depuis 1992, du temps de Jean Huart. Et puis en ce fameux 1er décembre, en préambule à une réunion du Conseil Episcopal, Paul Scolas s’est fait convoquer dans le bureau de l’évêque qui lui a annoncé que sa fonction de vicaire général était terminée. Dans la foulée, Frédéric Blondeau, travailleur pastoral, responsable de la communication dans le diocèse apprend lui aussi qu’il est remplacé. A l’instar des licenciements dans les entreprises, leur e-mail est coupé sur le champ. Aussitôt un e-mail est envoyé aux prêtres et aux travailleurs pastoraux (cfr Notre évêque nous parle...). C’est au cours du Conseil Episcopal qui suit que les autres membres apprennent les décisions prises. Certains conseillers de l’évêque n’étaient pas au courant et réagissent vivement !

Les nouveaux responsables sont dorénavant Olivier Fröhlich comme vicaire général (il garde cependant son ancienne responsabilité de l’axe « mission » de l’église : la diaconie) et Maryse Harvengt comme porte-parole de l’évêque et coordinatrice de la communication (en plus de son rôle de secrétaire de l’évêque et de chancelier).

Dès l’annonce de ces décisions, et au vu de la façon dont les choses s’étaient déroulées, les réactions n’ont pas tardé à se manifester et à s’amplifier au fil des jours et des semaines qui ont suivi, tant parmi les chrétiens que dans la presse. L’évêque y a réagi par un communiqué le 20 décembre (cfr communiqué du 20/12/2006). Pour être complet, il faut préciser que l’évêque présente sa décision non comme un désaveu des personnes mais comme un processus normal d’évolution de son ministère d’évêque : il a pris le temps d’évaluer les différents secteurs de la pastorale du diocèse et a estimé utile de donner des impulsions nouvelles. Son but : une plus grande articulation entre son ministère d’évêque et les lieux où la pastorale diocésaine est en jeu (et donc avec les personnes responsables de ces divers lieux !).

Pour beaucoup, cela signe le retour d’un centralisme et de pratiques d’autorité que l’on espérait révolues. Décidément cette affaire nous démontre à nouveau, si besoin en était, que démocratie et transparence ne riment pas encore avec Eglise. Quant à la dimension humaine des relations entre personnes, quel contre-témoignage ! Navrant… Heureusement que certains ont pris l’initiative d’organiser le 6 janvier, une célébration de remerciement à Paul et Frédéric qui a rassemblé plus de 800 personnes (homélie de Paul Scolas, Intervention de Frédéric, Intervention de Christine Fautrez). Enfin une note positive.

Voici les réflexions d’Etienne Mayence sur ces événements. Vous trouvez aussi sur le site deux autres réactions à ces événements, celle d’André Fockedey et celle de Jean-Marie Boudart.

Liliane & André Denayer (PAVÉS - Hainaut Occidental)

Il n’est pas facile de prendre la parole aujourd’hui dans ce débat. Il s’agit en effet à la fois d’être vrai et franc, mais en même temps de rester fraternel et charitable. Je vais tenter cet exercice difficile.

Je ne vais plus insister sur la manière avec laquelle Paul et Frédéric ont appris qu’ils étaient démis de leur mission. Je voudrais plutôt souligner quelques questions de fonds sous-jacentes qui inquiètent beaucoup de prêtres et de laïcs.

1. Tout d’abord, un mot de la manière avec laquelle cette décision a été prise. Cette décision importante, puisqu’il s’agit d’une nouvelle étape, a été prise sans dialogue avec les intéressés (les doyens principaux ont appris par mail qu’ils iraient désormais une fois par mois au conseil épiscopal) et sans concertation ni discussion avec les instances d’Eglise prévues pour conseiller l’évêque. Ni le Conseil pastoral ni presbytéral, ni même le conseil épiscopal n’ont été consultés. L’évêque a peut-être pris cette décision seul. Personnellement, je ne crois pas que le St Esprit y soit pour quelque chose. Mais sans doute l’évêque a-t-il consulté quelques personnes en dehors de ces conseils institués ! Cela pose des questions sur la méthode mais aussi sur la justesse de jugement de ces conseillers.

2. La lettre envoyée le 1er décembre aux prêtres du diocèse reliés à Internet pose aussi question et suscite l’inquiétude. Il y a dans ce texte une polarisation sur l’évêque qui est surprenante. Le titre est d’ailleurs significatif : « Nouvelle étape dans le ministère de l’évêque ! » (Et non, par exemple, nouvelle étape pour l’Eglise de Tournai). Le texte parle de « la situation nouvelle créée par l’ordination d’un nouvel évêque ! ». L’ordination d’un évêque change-t-elle si radicalement une église diocésaine et la province du Hainaut ? La finale du texte laisse aussi perplexe : « Mgr Harpigny désire que tous les lieux où la pastorale diocésaine est en jeu soient davantage articulés à l’exercice du ministère de l’évêque ». On aurait pu espérer au contraire que « l’exercice du ministère de l’évêque (ou plutôt : que la pastorale du diocèse) soit mieux articulé aux divers lieux de pastorale… », en ajoutant « aux grands défis de notre temps, à la précarité croissante, aux graves fractures sociales, aux nouvelles questions éthiques », et finalement aussi à l’évangile dont le texte ne souffle mot.

3. Des propositions plus précises annoncées dans ce texte posent aussi question.

- Les doyens principaux se réunissaient une fois par mois avec le vicaire général. Ils vont maintenant se réunir une fois par mois avec l’évêque. Pour une meilleure pastorale globale ou pour mieux contrôler ? Quelle sera la liberté des doyens principaux qui sans doute ne pourront plus prendre le temps de se rencontrer entre eux tous les mois ?

- La pastorale territoriale et la diaconie se retrouvent sous la responsabilité d’un seul homme. C’est soi-disant pour « mieux articuler la diaconie à l’ensemble de la pastorale du diocèse ». Je crois au contraire que cette mesure marginalisera encore plus la « diaconie ». Comme disait un de mes amis, « la paroisse, c’est comme la fumée, cela occupe toute la place disponible ». Paul avait le secteur des paroisses. Il faisait largement un temps plein et cela lui permettait d’inventer. Olivier avait en charge la diaconie. Malgré sa compétence et son dynamisme, il était parfois débordé. C’est clair que ce secteur va souffrir gravement de cette situation puisque le travail de deux hommes est maintenant occupé par un seul homme. Le secteur de la « diaconie » ne sera plus représenté au conseil épiscopal par un responsable à temps plein. Alors qu’il y en a un pour le scolaire, un pour la liturgie. Aucun membre de ce secteur n’est invité à venir tous les mois au conseil épiscopal, signe supplémentaire de sa marginalisation, pas en parole bien sûr, mais dans la réalité…

- Le porte-parole. Frédéric Blondeau avait une compétence reconnue de tous dans le diocèse et dans l’Eglise francophone, particulièrement auprès des informateurs religieux. Il va maintenant travailler pour un an dans les services de l’UCL. Quelle perte pour notre diocèse ! Maryse Harvengt va ajouter à son travail de chancelière celui de porte-parole. On parlera peut-être dans la presse un peu plus de l’évêque (et on verra sa photo…). Mais je crains qu’on ne parle pas plus de la façon dont l’évangile se vit dans notre diocèse.

4. Depuis près de 40 ans, notre diocèse a fait preuve d’audace, d’inventivité, de courage et d’engagements. Paul y a largement contribué. Pensons au grand rassemblement de Bonne-Espérance et à la déclaration qui en a découlé. Pensons au remarquable document « Avec les pauvres contre les pauvretés » qui fut voté par une assemblée où les laïcs étaient majoritaires et est intitulé « l’Eglise du Hainaut déclare… ». Des postes importants ont été confiés à des laïcs avec une grande autonomie et grande confiance. La crainte est grande que cela ne soit un passé provisoirement révolu. Je crains, et bien d’autres avec moi, qu’il y ait désormais et encore bien plus qu’avant un alignement feutré mais ferme à la pensée romaine. Le dernier conseil presbytéral ne laisse guère planer de doute. Le document sur l’accueil des divorcés remariés a été mis aux oubliettes et la proposition de funérailles animées par des laïcs est devenue prudentissime, alors qu’elle est une politique franche dans d’autres continents et dans certains diocèses de France. Il y a la crainte que ce qui guide le travail du diocèse ce soit plus le souci de plaire à Rome que la volonté obstinée d’obéir au souffle, au dynamisme, à l’audace, à la liberté de l’évangile.

Après ces décisions brutales et incompréhensibles, notre diocèse est meurtri. Il va devoir se passer de deux personnes de grande envergure. Dans notre monde déboussolé, nombreux sont celles et ceux qui cherchent, qui se posent des questions, qui sont en quête de sens pour leur vie. Vous comme moi, sans doute, nous entendons tant de gens de grandes qualités humaines et chrétiennes dire : l’évangile, oui, l’Eglise, non. Ce que nous avons vécu ne va certes pas changer la donne.

Mais l’avenir de l’évangile ne dépend pas que de l’évêque. Il est entre nos mains à tous. Ces tristes événements doivent nous stimuler plus encore à donner le témoignage d’une Eglise qui refuse la frilosité et la peur, qui n’est pas fixée désespérément au passé, qui ne dit pas toujours ou si souvent devant les questions nouvelles : « Non, non et encore non ». Cela doit nous stimuler à construire une Eglise accueillante, une Eglise de liberté, d’audace, où tous les laissés pour compte se sentent chez eux, une Eglise qui invente dans la fidélité à l’Esprit de Jésus.

Etienne Mayence (Communautés de base)


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