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Pierre de Locht et la Pastorale familiale

René Dardenne
Publié dans Bulletin PAVÉS n°11 (6/2007)

Un terrain en friche

Au sortir de la guerre, Pierre de Locht, jeune docteur en théologie dogmatique de l'U.C.L. n'était guère préparé par ses études à prendre un jour en charge ce qui allait devenir en 1959 le C.N.P.F. – Centre National de Pas-torale Familiale – et en être nommé l'aumônier par les évêques de Belgique.

Il allait d'ailleurs être nommé professeur de 3e latine à St-Louis puis aumônier national de la Fédération des Scouts Catholiques. Fort heureusement, durant toutes ces années, il avait été invité à travailler avec le groupe des Feuilles Familiales et à participer, à la demande d'anciens dirigeants de la J.O.C., à une équipe de foyers issus du milieu populaire.

Pour le reste, tout un travail restait à faire. Qu'avait-on enseigné aux futurs prêtres qui allaient recevoir des fiancés pour préparer leur mariage religieux sinon, bien sûr, de leur parler de l'amour conjugal, de leurs devoirs d'époux et de parents en leur rappelant notamment les règles morales en matière de sexualité et les interdits en matière de con­traception ?


Mise en place du C.N.P.F.

C'est alors le temps des sessions de préparation au mariage, le lancement d'équipes de foyers, de groupes de réflexion et de spiritualité conjugale.

Rapidement le groupe porteur rencontre un nouveau problème : celui des séparations, des divorces et des remariages civils. Que devient la situation des personnes connaissant l'échec de leur couple ? Deux pistes de réflexion et d'action sont travaillées par ce qui est devenu entre temps le CEFA (Centre d'Education à la Famille et à l'Amour).

D'abord accueillir ceux et celles qui se sentent jugés, rejetés parfois par leur propre famille mais aussi, trop souvent encore par la communauté chrétienne et par l'Église. Comment aussi les soutenir et les aider à rebâtir une nouvelle vie de couple, de famille ? Pour les croyants, se pose souvent le problème de leur participation à l'Eucharistie et en particulier à la communion.

Pierre de Locht va poursuivre sa réflexion d'ordre moral. Pour lui des mots à résonance évan­gélique comme contestation, transgression retrouvent un sens positif au nom-même de la morale. La communion n'est pas réservée aux purs, elle n'est pas une récompense pour ceux qui sont "en règle"…

Dans le même temps, il faut aussi pouvoir rencontrer des personnes "compétentes" pour aider à résoudre les problèmes concrets qui se posent lors des séparations et des divorces. Le CEFA va mettre en route un organe : la FBCCC (Fédération des Centres de Consultation Conjugale) et son institut de formation de conseillers conjugaux diplômés au terme de 4 années d'études et de stage. Puis, face à la multiplication de tels centres relevant d'obédiences philosophiques ou religieuses différentes, vont se mettre en place des Centres pluralistes familiaux. Là aussi, on trouvera à leur lancement Pierre de Locht.

Autre situation. Quand la mort vient frapper un des époux, un père, une mère de famille, des enfants, elle les laisse désemparés, spécialement les épouses. Là encore, elles trou­veront Pierre de Locht aux côtés de Suzanne van der Mersch, jeune veuve avec une famille nombreuse. Ensemble, ils vont fonder la Fraternité des Veuves "Accueil et espérance", des groupes qui, depuis plus de 50 ans, continuent d'apporter un soutien précieux, une amitié pour passer le cap et se reconstruire. Aujourd'hui la Fraternité des Veuves a élargi son audience en devenant "Infor-Veuvage".

Un tournant et un désaveu

Bien vite les choses s'enveniment lorsque sont soulevées des questions touchant à la fécondité, à la régulation des naissances, à la contraception et particulièrement aux méthodes contraceptives. Paul VI s'était réservé cette dernière question lors du Concile, puis il avait nommé une commission pontificale pour traiter de ce sujet. Pierre de Locht en était. Il faisait partie du grou­pe majoritaire, favorable à une contraception choisie et laissée à l'appréciation des couples, mais battue en brèche par une minorité conduite par un certain Karol Wojtyla. On en connaît l'issue. Paul VI publiera en 1968 Humanae Vitae interdisant toute contraception artificielle... Le CEFA prit parti, se vit désavoué par l'épiscopat et son mandat enlevé, entraînant celui de son aumônier national.

En 1973, face au problème de l'avortement, le CEFA prenait une position nuancée mais engagée. Sollicité par un groupe très médiatisé qui avait pris la défense du docteur Peers, P. de Locht participa à une manifestation à Namur, où il prit la parole. Mal lui en prit… La réaction de l'épiscopat ne se fit pas attendre, entraînant un procès autour de sa fonction de professeur à l’UCL : Pierre refusait de démissionner, et finalement la Justice lui donnait raison…

Ultime étape

"À quelque chose, malheur est bon", dit-on ! Ne se sentant plus porte parole officiel de la hiérarchie catholique, Pierre de Locht retrouve une liberté de parole qui le conduit à entrer tou­jours plus en dialogue avec les agnostiques, les incroyants, le monde de la libre pensée. À titre d'exemple, les débats avec Paul Damblon, Jacques Sojcher, la collaboration étroite avec Roger Lallemand, à l'occasion notamment de la préparation du projet de loi sur l'avortement. En témoigne l'intervention élogieuse de ce dernier aux funérailles de Pierre. On le retrouve dans des comités d'éthique et de bio-éthique où, comme chrétien, il apporte une réflexion d'une profonde humanité et d'une grande compétence. L'Église hiérarchique le laissant dans l'ombre, c'est via des groupes de prêtres et de laïcs engagés qu'il reste sollicité. Combien parmi eux l'accueilleront, particulièrement dans le diocèse de Namur où domine la pensée unique, pour des colloques, des conférences, des sessions de réflexion jusqu'à ses derniers jours.

Au terme de ce parcours, celui qui signe cet article après avoir travaillé et combattu durant une quarantaine d'années aux côtés de Pierre de Locht em-porte une conviction person­nelle intime. Sans jamais avoir encouragé, soute-nu ni surtout approuvé le travail de Pierre de Locht, une partie de la hiér-archie de l'Église catholique belge, a dû, secrètement, se réjouir d'avoir trou-vé en lui un homme qui a offert le visage d'un humaniste, d'un croyant, d'un prêtre, d'un théologien, au nom de l'authentique liberté de conscience dans le monde pluraliste qui est le nôtre aujourd'hui. Pour tout cela, merci Pierre.

René Dardenne


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