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La grève de la faim des sans-papiers à la paroisse du saint Curé d’Ars à Forest

Henri Sol
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Après 25 mois de vie pacifique dans une chapelle de semaine et une cuisine-cave, partageant attentes et inconfort, les 39 Sans-papiers de Forest n’ont jamais reçu de l’Office des étrangers le moindre accusé de réception de toutes leurs démarches, sauf l’ordre d’expulsion de l’un d’eux. Le 10 mai dernier, ils ont décidé d’entamer une grève de la faim illimitée et en ont informé la paroisse qui les soutient de son mieux : dans un passé tout proche, plusieurs grèves de la faim ont amené le gouvernement à régulariser un grand nombre de sans-papiers.



Il est clair pour moi qu’il faut d’abord aider les pays de faim et de dictature à se développer en favorisant la formation, la limitation des naissances, les moyens de communication, l’édification à la démocratie, - quitte à retarder un peu les opérations de sauvetage et les soins de santé, - par priorité à l’accueil chez nous des plus courageux de leurs enfants.

La seule façon dont notre monde se débarrassera des égoïsmes de groupe et d’un capitalisme destructeur, supra et multinational, c’est d’arriver à créer de véritables états unis du monde. Tant que ce ne sera pas réalisé, l’exploitation de l’homme pas l’homme ne peut que croître.

J’ai du mal à comprendre qu’un ministre d’un parti puisse donner des leçons de bonne gouvernance et de démocratie à des pays où l’on n’a pas formé d’universitaires pendant près de 100 ans, et qu’un autre ministre de ce même parti veuille aujourd’hui imposer une loi inhumaine de non accueil à notre pays tout entier.

Tant qu’il y aura des pays de misère et de dictature, il y aura des réfugiés. Nos barrières auront beau se durcir et s’élever, elles ne serviront qu’à endurcir nos cœurs et nos égoïsmes… et à favoriser chez nous le droit du plus fort au détriment du plus faible.

J’ai beaucoup aimé :

Que l’église catholique ait envoyé les Sans-papiers demander asile à notre paroisse de Bruxelles qui travaille en démocratie… et que celle-ci ait voté l’accueil de Sans-papiers lors de la célébration du jeudi saint 2006.

Que cette paroisse ait fait confiance à des êtres humains des deux sexes, de nationalités multiples et de croyances diverses pour vivre ensemble et s’organiser, se contentant de donner un coup de main pour les besoins matériels et à l’occasion soutenant les manifestations publiques.

La multiplication des pains : un dimanche, la paroisse avait invité la trentaine de Sans-papiers présents à partager un pique-nique sous notre magnifique hêtre pourpre. Pendant l’installation des tables, à midi, nous nous sommes trouvés face à une grosse centaine de demandeurs d’asile. Nous avons commencé à partager ce que nous avions, lorsqu’une famille néerlandophone nous a rejoints avec une voiture bourrée de victuailles.

Un après-midi, j’ai entendu le responsable des Sans-papiers expliquer à tout un cercle d’Africains : « Ici, quand il y a un problème, on se réunit, on expose le problème, on écoute les arguments de chacun et puis on vote. Après, chacun fait ce qui a été décidé. C’est cela la démocratie ! »

Notre paroisse, comme les Sans-papiers, était très allergique à la grève de la faim. Pourquoi mettre des vies en danger, alors que nous cherchions à en sauver et à donner des possibilités de vivre ?

Pourtant, quand il fut avéré que la seule possibilité de régularisation par le ministère de l’intérieur était de subir de nombreux jours de grève de la faim, tous nous avons accepté de passer par ce chemin.

Ce qui nous a remplis de joie, c’est le soutien sans faille de la commune, du CPAS, de la communauté sœur des prêtres néerlandophones de Forest, ainsi que le soutien financier important de plusieurs paroisses de notre doyenné.

Chaque jour, nous voyons des particuliers apporter de l’eau, du miel, offrir un service ; un transport, un bonjour, un regard avec ceux et celles qui souffrent de notre inhumanité.

Ce matin, deux des grévistes sont emmenés successivement à l’hôpital. Comme chaque fois, ils sont accompagnés par une des femmes. Avec une amie, nous décidons de leur rendre visite. Arrivés à l’hôpital, nous croisons la femme qui les a accompagnés. Gréviste, elle aussi, elle nous mène visiter nos amis. L’un est encore dans les vaps, mais nous sourit, le deuxième commence à récupérer, mais un troisième, qui était là depuis la veille, doit quitter l’hôpital. Bien entendu nous décidons de les reconduire. La femme nous dit alors : « Je ne savais pas comment revenir. Je n’avais plus d’argent et ma carte G était épuisée. Heureusement que vous êtes venus. Quand on fait du bien, on reçoit aussi du bien. »

28 mai 2008

Henri Sol


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