C’est qui et quand, ce “prêtre autrement”… ?
Deux ouvrages sur le prêtre
José Lhoir
Publié dans HLM n°115 (3/2009)
Deux ouvrages sur le prêtre.
Le sujet est insubmersible.
Depuis la fin des années soixante, près d'une centaine de livres ont été écrits sur lui, rien qu'en français. En voici quelques titres : Qu'est-ce qu'un prêtre ? (1965), Prêtre pourquoi ? (1965), Prêtre comment ? (1966), Fin d'une Eglise cléricale (1969), Demain une Eglise sans prêtres ? (1968) ; Le prêtre en question (1967) etc.
Paul Maire[1] est prêtre, il a été et est resté un homme de terrain. Prêtres autrement se lit facilement. Le ton est irénique. Ceux qui ont “fait” Vatican II et qui s'en sont réjouis le liront avec plaisir. Ils retrouveront ici ce qui les a fait courir : l'Eglise est là pour le monde et non pour elle-même, elle est tellement proche du monde qu'il est normal et sain qu'elle en fasse la fièvre etc.
Derniers des Mohicans, les “anciens” prêtres ? Non : passeurs d'avenir! Ce qui les distinguerait des “nouveaux” prêtres, c'est que ces derniers mettraient l'accent sur la vie cultuelle, les sacrements et la visibilité de l'Eglise, tandis que leurs aînés seraient davantage soucieux de témoignage et de présence au monde.
Mais être prêtre demain sera l'être autrement. Et l'auteur d'avancer cinq propositions : envisager l'appel autrement, changer le statut du prêtre, ordonner des hommes mariés, ordonner des femmes, diversifier les modèles. (J'ajouterais, pensant à ce qui se passe dans le monde des religieux : pourquoi ne pas ordonner pour un temps précis et limité ?) L'ouvrage se termine par des “Questions au lecteur”.
On n'entrera pas dans le détail : rien en tout ceci qui ne soit connu, admis et souhaité par le peuple chrétien. On se dit seulement, avec plus de tristesse que de mauvaise humeur : pourquoi faut-il encore devoir le répéter jusqu'à plus soif ? Pourquoi, sur ce point comme sur d'autres, alimenter le départ silencieux de chrétiens lassés de n'être pas entendus ? Blocages “romains” sans doute. Mais connivences ailleurs.
Pourquoi tous les moyens sont-ils bons pour occulter le problème ? On pense à la nomination massive, chez nous, de prêtres étrangers. Ne se rend-on pas compte qu'ils ne sont que bois de rallonge ? Pourquoi refuser de penser où ça fait mal ? Un jour, on parlera de ces années perdues comme des années de stagnation brejnévienne...
Ordonner des viri probati (“des hommes ayant fait leurs preuves”) puisque c'est le point du programme qui fait l'unanimité, posera des problèmes sans doute. Qu'à cela ne tienne : Fritz Lobinger[2] a tout prévu. Qui ordonner ? demande-t-il dans un ouvrage de haute technicité. Et de distinguer deux sortes de prêtres qu'il appelle pauliniens et corinthiens.
Les corinthiens ressemblent aux “anciens” de saint Paul (que l'auteur ne cite guère). Ils sont sédentaires, animateurs d'une communauté. A temps partiel (ils font aussi autre chose). En équipe (l'auteur y insiste). Ils sont formés sur le terrain (plus de séminaire...). Les pauliniens par contre, continuateurs des prêtres actuels, sont des prêtres volants. Ils ne sont pas les gens d'une communauté précise, comme les corinthiens, mais suscitent des communautés nouvelles.
La perspective est nouvelle et intéressante. L'auteur refuse de se dire motivé par la perspective de l'actuel manque de prêtres. Il se défend d'être acculé à réfléchir de la sorte à cause de cette épée qu'il se sentirait dans les reins. Accordons-le lui. Il se dit à la recherche d'une “solution communautaire” : ces “corinthiens” qu'il préconise constituent un nouveau type de prêtres. Les prêtres tels qu'on les connaît actuellement ne passent pas à la trappe, ils se voient dotés d'un complément. Chose intéressante : le mot “prêtre” a dorénavant plusieurs contenus.
Cela nous change un peu de l'horizon “célibat-mariage”. En passant, nous apprenons que l'auteur n'apprécie guère l'expression “célibat optionnel. Ne lui en veuillons pas : encore une fois, son propos ne concerne pas le célibat ou le mariage mais une nouvelle manière d'être Eglise.
Autant il s'étend sur les corinthiens, ce qui est son propos, autant il est sobre sur les pauliniens qui prolongent, ce me semble, l'unique modèle actuel. J'ai cru comprendre que les pauliniens restaient célibataires et donnaient même aux corinthiens l'envie de le devenir. A l'avenir, la différence ne sera pas “marié ou célibataire” mais “paulinien ou corinthien”. On aurait quand même aimé savoir si les pauliniens de l'avenir sont asexués.
J'ai outrageusement simplifié le propos de l'auteur qui reconnaît dire des choses qui peuvent faire peur. Il faut le résumer car il a tout prévu, avec une précision qu'il doit tenir de ses origines germaniques : rémunération, délocalisation, dénomination und so weiter ! On aurait pu lui confier la logistique du débarquement de Normandie.
L'Esprit se coulera-t-il dans les canaux pour lui préparés ? Les mésanges viendront-elles faire leur nid dans les nichoirs qu'on leur a prévus ? Mais la démarche est saine. On ne veut pas domestiquer l'Esprit, on veut l'aider à atterrir.
PS. J'ai lu aussi le témoignage de François Lescoffit, La brisure[3] qu'on peut trouver sur le net.
Des pages qui se lisent avec le respect qu'on doit à tout témoignage, car c'est bien de cela qu'il s'agit. L'auteur a été prêtre, il s'interroge longuement et avec finesse sur la genèse de sa vocation. Aucune conclusion générale à tirer de ce très beau récit. L'auteur ne souhaite pas qu'on généralise son propos : chacun a son histoire qui n'appartient qu'à lui.
Il est vrai qu'on peut se poser des questions pour soi-même. Le prêtre que je suis, contemporain semble-t-il de l'auteur, se demande, à le lire, ce qu'il découvrirait en descendant dans ses caves ! Il vaut sans doute mieux ne pas trop s'y risquer. Mais puisque l'auteur parle beaucoup du rôle de sa mère, je me souviens que la mienne a toujours refusé de faire partie d'une pieuse association qui avait nom “Association des mères de prêtres” et qui a, je suppose et je l'espère, disparu. Diable ! qui a la vocation : la mère ou le fils ? Mais croyez-moi, en ces temps à la fois si proches et si lointains, le refus de ma mère n'était pas évident.
José Lhoir (Hors-les-murs)
[1] Paul MAIRE, Prêtres
autrement. Ouvrons le débat, Ed. Beaurepaire, octobre 2008, 192 pages.
[2] Fritz LOBINGER, Qui ordonner ? Vers une nouvelle figure de prêtres. Ed. Lumen
Vitae 2008, 123 pages, 16 €. On trouvera sur notre site web un autre
commentaire de cet ouvrage à partir de l’expérience des communautés de base d’Espagne et d’Amérique latine : www.paves-reseau.be/revue.php?id=632
[3] http://labrisure.fr/
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