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L’après-midi du christianisme, de Tomas Halik

Philippe Liesse
Publié dans Bulletin PAVÉS n°84 (9/2025)

 

Il est important, pour bien comprendre le sens de L’après-midi du christianisme, de s’arrêter quelques instants au cheminement[1] de l’auteur.

L’auteur est un prêtre catholique tchèque, théologien et sociologue. Il est né en 1948 à Prague, il a été ordonné prêtre en secret en 1978. Il travaille dans l’Église souterraine comme collaborateur du cardinal Tomášek. Après la chute du communisme en 1989, il devient le conseiller du président Václav Havel et il participe au renouveau culturel et religieux du pays.

Dans L’après-midi du christianisme, Tomáš Halík développe sa théologie à propos de la foi, du dialogue interreligieux, de l’athéisme et du rôle de l’Église dans le monde moderne.

Il développe l’idée d’une foi ouverte au doute et à l’incertitude, en proposant une alternative aux rigidités du fondamentalisme religieux et aux ankyloses de l’athéisme militant. Il ose dénoncer une religion qui aurait tendance à battre en retraite pour se réfugier dans un enclos qui se limite à défendre une simple identité.

Si, sous le régime communiste, la défense de l’identité était nécessaire, il fut cependant un résistant notoire. Il incarne une figure exceptionnelle de résistance spirituelle et intellectuelle. Il en appelait déjà à une évolution de la foi !

Après le matin du christianisme qui correspond dans sa pensée aux certitudes dogmatiques, il propose de passer à un après-midi qui serait le temps de la maturité, du doute créatif, de l’intériorité et de l’ouverture. Il s’agirait d’une théologie de la souffrance partagée qui barre le chemin aux visions triomphalistes de la foi.

Il ne s’agit donc pas de la mort du christianisme mais d’une crise de croissance qui fera déboucher sur la nécessité de mourir à certaines formes traditionnelles pour re(découvrir) une authenticité spirituelle.

S’engager dans l’après-midi du christianisme consiste à choisir une vraie spiritualité qui fait sortir de ses illusions, qui permet d’affronter ses crises et de connaître une conversion spirituelle dans un monde sécularisé et désappointé, mais toujours en quête de sens.

En écho au pape François, Halík affirme que le christianisme doit sortir du cléricalisme. Il n’hésite pas à reprendre une figure mystique comme Jean de la Croix qui parle d’une mise à l’écart qui se veut une valorisation d’une foi qui passe par le désert.

Il dénonce une Église qui se retranche dans des combats identitaires, mais il appelle l’Église à réaliser son rôle de porteuse d’une Bonne Nouvelle en étant une Église de l’hospitalité, attentive aux souffrances humaines, n’hésitant pas à travailler à ce « plus d’humanité » avec tous les hommes de bonne volonté.

Pour ce faire, il n’hésite pas à affirmer que « Dieu est aussi à l’œuvre dans ceux qui cherchent » et que ceux qui rejettent l’idée de Dieu rejettent en réalité les images déformées que proposent la majorité des chrétiens qui se trouvent à l’aise dans le « matin du christianisme ». L’auteur insiste sur le courage nécessaire pour accepter la mise à mort de certaines formes du passé, l’après-midi de la vie de foi n’étant pas simple répétition de son matin. Cette transformation est absolument nécessaire pour que l’Évangile soit vraiment une source, une force capable de transformer le monde en le rendant plus humain !  

Tomáš Halík revient sans cesse à ces guides compétents que sont les mystiques. En utilisant le langage de la psychologie des profondeurs[2], il invite à vivre le passage de l’égocentrisme, du « petit-moi » à une nouvelle identité, à un « moi » plus profond et plus large. Au niveau le l’Église, il l’invite à se défaire de sa peur de se situer comme la référence en matière d’humanité et d’accepter le vrai dialogue avec les autres religions et avec l’athéisme : il prône une Église capable d’écouter, de reconnaître ses blessures plutôt que de se rabattre sur l’affirmation de certitudes.

Elle doit se défaire de son implantation sur son « petit-moi », sur son ancrage institutionnel lié à une époque de l’histoire et tout ce que cet attachement implique au niveau de ses intérêts. Elle doit cesser d’être rivée à la pérennité de son système.

Le cléricalisme, le fondamentalisme et le traditionalisme ne font que traduire l’égocentrisme de l’Église, d’une Église qui se focalise sur un christianisme étroit.

Si l’Église s’avère incapable de proposer une autre forme de christianisme que celle de son « matin », il n’est pas étonnant que beaucoup préfèrent vivre sans foi !

L’athéisme serait-il la seule alternative à une religion moribonde ? Tomáš Halík s’appuie sur Hegel qui voyait dans l’athéisme un sas, un passage transitoire dans l’histoire de l’Esprit : L’espace libéré par une religion moribonde ne devrait être laissé ni à l’athéisme dogmatique, ni à une religion idéologie politique identitaire, ni à un vague ésotérisme ; c’est le lieu et le temps d’une foi mûre et humble[3].

Tomáš Halík est un homme d’une grande profondeur intellectuelle et spirituelle. Il s’appuie sur la théologie, la philosophie, la psychologie, la mystique et la sociologie. Il s’accoude aux silences de Dieu, aux moments de vide et de doute. Il développe une théologie pour ceux qui ont abandonné les lapsus religieux naïfs sans pour autant renoncer à travailler leur foi, à être des vrais chercheurs.

Merci Tomáš Halík.

Si vous n’êtes pas traversés par des moments de doute, abstenez-vous d’approcher cet auteur…

P.S. L’auteur vient de publier un nouveau livre dont n’existent à ce jour que des traductions allemande, néerlandaise et italienne[4]. Ce livre est présenté par Peter Nissen dans la revue œcuménique néerlandaise, Volzin[5].


Philippe Liesse

Notes :

[1] Tomáš Halík, L’après-midi du christianisme, Cerf, 2025 (original 2022),

Source : Wikipedia et présentation de l’Éditeur. On lira aussi les entretiens de l’auteur avec Malo Tresca dans La Croix International du 6 mai 2025  

https://paves-reseau.be/revue.php?id=2243 ainsi qu’avec Nidal Taibi dans le quotidien fribourgeois La Liberté du 12 juin 2025 : https://www.laliberte.ch/articles/societe/religions/il-faut-renoncer-a-limage-dun-dieu-surnaturel-1060239.

[2] C.G. Jung.

[3] Tomáš Halík, L’après-midi du christianisme, p. 276.

[4] Tomáš Halík, Dromen van een nieuwe morgen, éd. VBK Media, 2025, 172 p.

[5] Peter Nissen, Oser rêver d’une église au-delà de l’église, in Volzin, mai 2025 : traduction sur http://paves-reseau.be/revue.php?id=2244




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