Publications

Rechercher les articles
par mot du titre ou mot-clé :

présentés par :

année et n° (si revue):

auteur :

Une célébration de Noël en famille

Paul Verbeeren
Publié dans CEM n°149 (12/2025)


Dans notre famille, nous avons toujours célébré Noël tous ensemble, autour d’une bonne table certes, mais aussi d’une célébration qui réunissait toutes les générations, jusqu’à ce que le confinement sanitaire de 2020 y mette un frein, suivi par le décès de Maman il y a deux ans.

Cette année 2024, un neveu a remué les cendres en rappelant à son père que, si leur génération avait largement puisé dans le terreau familial pour se nourrir à la sève de l’Évangile, la leur se sentait amputée de ce référent auquel ils n’avaient même pas eu la liberté de s’opposer s’il en était question.

C’est donc cette interpellation qui a immédiatement recueilli les suffrages de toute la famille pour réactiver un rendez-vous de Noël et sa traditionnelle célébration.

Mais la terre a bien tourné depuis, les enfants sont devenus des jeunes, et les jeunes… des adultes, imprégnés de la culture heureusement plurielle qui nous entoure et qui fait que les références d’antan se trouvent mélangées à d’autres, et que le religieux ne fait globalement plus consensus.

A notre grand étonnement, presque tout le monde a répondu à l’appel et nous étions plus de soixante issus de trois générations.

Et c’est à moi qu’incombait la mission de fédérer cette assemblée hétéroclite pour évoquer Noël…

Dans notre famille, tout le monde n’a pas entretenu ce lien actif avec la communauté chrétienne, ni même avec l’espérance qui théoriquement la sous-tend. Par contre, il est évident que la culture chrétienne, son langage et ses repères font partie intégrante de ce qui nous a construits et nous rassemble toujours aujourd’hui. Et au-delà de notre famille, Noël s’est échappé des cercles confessionnels pour diffuser un certain esprit à l’ensemble de l’humanité. Pouvons-nous honnêtement ébrancher Noël de sa résonnance universelle et même laïque ?

Au Prieuré de Malèves-Sainte-Marie, nous avons l’habitude de conduire nos célébrations à partir d’un fil rouge qui se déploie tout au long de son déroulement.

Mon point de départ était de réaliser que si la naissance de Jésus dans notre histoire se limite à un événement du passé et n’établit pas de relation forte avec notre propre existence, il n’y a pas vraiment lieu de s’y attarder.

Je me suis donc dit que ce que Noël convoque, au-delà de la naissance de Jésus, c’est notre propre naissance, et que c’est là que se situe le vrai enjeu, Jésus n’a-t-il pas davantage invité à naître… qu’à ressusciter ?

J’ai donc invité tous les participants à venir à la célébration avec deux objets, le premier rappelant leur propre naissance, sous forme de photo, faire-part, doudou ou tout autre référence, et le second exprimant ce sur quoi ils fondent leur devenir, une espérance, quelque chose qui soit essentiel à leurs yeux et qui puisse en rejoindre d’autres.

En début de célébration, nous étions disposés en cercle. Tout le monde avait déposé au centre son premier objet, que j’avais soigneusement recouvert d’une multitude d’autres évoquant tout ce que la vie nous a généreusement donné depuis, en termes d’identité, de diplômes, de sécurité, de biens, d’environnement, de consistance… Nous y avons retrouvé un passeport, un extincteur, un contrat d’assurance, des décorations de Noël, de l’argent, un syllabus, un billet de voyage … et jusqu’à une Bible, symbole des fondements spirituels qui soutiennent notre existence.

Nous n’avons pas manqué de rappeler toutes les naissances proches et à venir dans la famille, mais aussi les décès récents qui l’ont amputée de quelques présences.

L’entame de notre célébration a donc été de retirer un à un ces témoins de nos naissances de tout ce que la vie nous a apporté depuis en termes de prestance, de sécurité, d’expérience, de relations, pour convoquer ce moment initial et fondateur de notre entrée en vie. Parce que pour naître vraiment, il faut être tout nu.

C’est à ce moment-là qu’est apparue la crèche avec, comme chacun d’entre nous, un enfant nu jeté au monde et offert à la vie.

Si Noël reste pour chacun une référence familiale, il est peut-être intéressant de découvrir le contexte de cette naissance ancienne, l’espérance qui a animé tout un peuple en attente de sa venue, et celle qu’il a semée lui-même tout autour de lui jusqu’à ce que le « système » décide de s’en débarrasser.

Nous avons donc parcouru les prophètes, dont Isaïe qui annonce une ère où cohabiteront le loup avec l’agneau, le veau et le lionceau. Nous avons relu avec émerveillement le Magnificat qui faisait vibrer Marie en attendant Jésus, écouté comment celui-ci rappela l’annonce d’Isaïe lors d’un passage à la synagogue de Nazareth, et enfin cette Bonne Nouvelle des Béatitudes qui orientera toute sa mission.

A côté de la crèche, nous avions également disposé une reproduction du crucifix de San Damiano, celui que regardait saint François lorsqu’il a perçu son appel. Le visage du Christ, loin de nous regarder fixement dans les yeux comme le font la plupart des icônes, semblait porter son regard par-delà notre épaule, atteint par ce qu’il voyait dernière nous : ce monde en désarroi, fait de vies blessées, d’espérances déçues, de chantiers à rejoindre…, bref, un regard animé de toute cette dynamique fraternelle de salut pour tous qui sous-tend la promesse biblique, et nous confiant que c’est bien là qu’il nous faudra poser les pieds, et non dans un ciel mythique.

Quelques chansons ont émaillé notre célébration : « La mémoire d’Abraham » de Céline Dion, « Jésus » de Laurent Voulzy, et « Qui es-tu, roi d’humilité » de Didier Rimaud.

Ce dernier chant nous rappela l’or, l’encens et la myrrhe apportés par les mages, cadeaux qui ne font définitivement plus partie de notre répertoire. Quel présent pouvons-nous encore déposer aux pieds de cet enfant de la crèche que nous sommes, jeté comme Jésus dans ce monde incertain ?

C’est à ce moment que chacun a été invité à offrir son deuxième objet aux traces de sa propre naissance, et à le présenter à l’assemblée : un livre, un chant, une parole, un objet symbolique, une photo, la déclaration universelle des droits humains, un souvenir, un passage d’Évangile… tout ce qui nous porte à espérer, à goûter la vie et à rejoindre le monde.

Et c’est sur la magnifique chanson de Claude Nougaro : « L’espérance en l’homme » que s’est conclue notre célébration.


Paul Verbeeren


webdesign bien à vous / © pavés. tous droits réservés / contact : info@paves-reseau.be

Chrétiens en Route, Communautés de base, Démocratie dans l'Eglise, Evangile sans frontières, Hors-les-murs HLM, Mouvement Chrétien pour la Paix MCP, Pavés Hainaut Occidental, Sonalux