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"Et si on refaisait le monde… pour de bon !"

Une piste : démocratiser l’entreprise

Luc Maréchal
Publié dans Bulletin PAVÉS n°86 (3/2026)


Le numéro de septembre 2025 d’Alternatives Économiques est consacré à un dossier : « Et si on refaisait le monde … pour de bon ! 30 idées qui changent la donne. »[1]

Parmi celles-ci : « démocratiser l’entreprise, le pari de l’Espagne »[2], un article d’Isabelle Ferreras, Directrice de recherches FNRS à l’université de Louvain, chercheuse senior à Harvard et Oxford. Elle souligne dès l’abord un projet ambitieux de l’Espagne : réformer l’architecture même des entreprises.

Sous l’impulsion de sa vice-présidente et ministre du Travail Yolande Diaz, le gouvernement Pedro Sanchez décide de s’attaquer à un article de sa propre Constitution, l’article 129.2 qui enjoint les pouvoirs publics à « promouvoir efficacement les différentes formes de participation dans les entreprises » et à « faciliter l’accès des travailleurs à la propriété des moyens de production ».

Par une réactivation de cette promesse de 1978, « l’Espagne entend donner une ampleur nouvelle à une préoccupation fondamentale sur la nature du pouvoir dans l’entreprise et la place du travailleur-citoyen au XXIe siècle, un débat dont l’écho dépasse largement ses frontières. »

L’initiative a constitué à mandater une commission d’experts espagnols et internationaux, dont Isabelle Ferreras est la présidente, pour soumettre cet automne des propositions concrètes de mise en œuvre de cet article de la Constitution. Dans une Europe où les forces nationalistes et populistes gagnent du terrain, « face à un problème complexe et polarisant, le gouvernement espagnol choisit de se laisser éclairer par la connaissance scientifique et l’analyse comparative pour nourrir le débat public avant de passer la main aux partenaires sociaux et, enfin, de légiférer. »

Les constituants de 1978 étaient convaincus « qu’une démocratie politique ne peut s’épanouir durablement si le quotidien de la majorité des citoyens, le lieu de travail, demeure un îlot de culture autoritariste. »

Mais un demi-siècle s’est écoulé depuis. Dans les années 1980 la doxa néolibérale a glacé ces aspirations. Questionner la prérogative exclusive des apporteurs de capitaux dans le gouvernement des entreprises est devenue taboue. Le modèle économique poursuit sa logique extractiviste (toujours plus de profit pour l’actionnaire). La financiarisation accroit l’extractivisme. L’apporteur de capital devient un nuage d’actionnaires, seul compte la stratégie de son propre retour sur investissement.

La crise du Covid-19 agit « comme un puissant catalyseur » montrant une dichotomie : « En qualifiant sous le coup de l’urgence sanitaire de ‘travailleurs essentiels’ des millions d’employés jusqu’alors invisibilisés, mal payés et peu considérés, les gouvernements ont mis en lumière une contradiction criante : comment peut-on être jugé essentiel au fonctionnement de la société et pourtant rester privé de toute voix au chapitre dans l’organisation (…). »


La commission des expert-e-s a ouvert des pistes. Après une liste des obstacles, l’autrice redit la portée historique du projet espagnol. Celui-ci remet au centre du débat la question fondamentale qui devrait tous nous obséder : « qui doit gouverner l’entreprise ? Les seuls détenteurs du capital, ou également ceux et celles qui investissent leur travail, leur savoir, leur vie dans l’aventure collective ? »

Isabelle Ferreras ne voile pas les difficultés de ce projet et le contexte économique mondial entre 1980 et nos jours. Dans sa conclusion, elle estime que « si elle réussit, même partiellement, à tracer une trajectoire crédible vers une plus grande démocratie économique, cette initiative n’aura pas seulement servi l’Espagne. Elle aura offert une lueur d’espoir et un chemin possible à toutes les démocraties qui cherchent à se réinventer pour survivre et prospérer de manière juste et soutenable. Le véritable test de la vitalité d’une démocratie n’est pas dans ses parlements et ses urnes uniquement, mais dans l’organisation quotidienne de ses bureaux, de ses usines, et de ses postes de travail, de ses hôpitaux et de ses entrepôts. »

Le 29 octobre 2025, Timothée Duverger, expert en économie sociale et solidaire, dans un article d’Alternatives Économiques numériques élargit l’analyse : « Comment l’économie sociale et solidaire s’étend dans le monde entier ».[3]

D’un côté, il relève que « l’ESS a connu un momentum entre 2021 et 2024 auprès des principales institutions internationales et supranationales », il cite le Plan d’action de la Commission européenne, les recommandations de l’OCDE, les résolutions de l’ONU et de l’OIT (Organisation internationale du travail), la stratégie de l’Union africaine. « En seulement trois ans, l’économie sociale et solidaire a acquis sa pleine reconnaissance. »

Suit une approche territoriale et de l’évolution de l’ESS dans un certain nombre de pays : Brésil, Corée du Sud, pays africains (titre : "le dynamisme africain").

De l’autre côté, l’auteur estime que cette dynamique de reconnaissance est menacée par le trumpisme et la remise en cause du multilatéralisme. Relevant l’Espagne « où se développe une politique très volontariste sous l’égide de la ministre du Travail Yolanda Diaz » (voir le début de la contribution d’Isabelle Ferreras), des vents contraires se lèvent. L’auteur cite des effets de ceux-ci, ainsi le fait que « la Commission européenne (ait supprimé) le service d’économie sociale présent au sein de la direction générale du marché intérieur. »


Luc Maréchal

Notes :

[1] https://www.alternatives-economiques.fr/on-refaisait-monde-30-idees-changer-donne/00115944

[2] https://isabelleferreras.net/2025/09/19/august-25-2025-alternatives-economiques-democratiser-lentreprise-le-pari-de-lespagne/

[3] https://www.alternatives-economiques.fr/timothee-duverger/leconomie-sociale-solidaire-setend-monde-entier/00116571





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