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Le processus synodal prendra-t-il un tournant avec le pape Léon ?

Rafael Lazcano
Publié dans Bulletin PAVÉS n°86 (3/2026)

Il est certainement encore trop tôt pour deviner ce que sera le programme ou la stratégie du nouveau pape, en particulier concernant la poursuite du processus synodal. Nous avons trouvé intéressants les propos tenus pas un de ses condisciples augustins qui vient de publier une biographie[1] de son ami. Nous en reproduisons de brefs extraits.

Pierre Collet



Après Jean XXIII-François, sommes-nous face à Paul VI-Léon XIV ?

La comparaison entre Jean XXIII-François et Paul VI-Léon XIV me semble suggestive et largement raisonnable, à condition qu’elle soit formulée comme une analogie historique et stylistique, et non comme une équivalence exacte entre les contextes et les personnalités. Si l’on pose la question avec rigueur, la réponse est oui. Il existe des parallèles significatifs, mais aussi des différences qu’il convient de ne pas négliger.

Jean XXIII et François partagent, à mon avis, le même type de rôle historique. Tous deux n’étaient pas des papes de fermeture ou de synthèse, mais d’ouverture ; tous deux ont déclenché des processus qu’ils n'ont pas menés à leur terme personnellement ; et tous deux ont assumé le coût de l’incompréhension et des critiques internes pour changer le climat ecclésial. Jean XXIII a convoqué le Concile Vatican II ; François a encouragé la synodalité, la réforme de la Curie, la centralité des périphéries et une nouvelle grammaire pastorale. Dans les deux cas, le geste initial a été plus décisif que la systématisation ultérieure.

Le parallèle entre Paul VI et Léon XIV me semble particulièrement pertinent. Tous deux ont hérité d’une Église en tension. Paul VI a hérité d’un concile en cours, d’attentes démesurées et d’une polarisation incertaine. Léon XIV a hérité d’une Église marquée par des réformes ouvertes, de fortes résistances et une polarisation idéologique explicite. Ni Paul VI ni Léon XIV ne sont arrivés au pontificat pour inaugurer, mais pour consolider, ordonner et discerner. Ce n’est pas un rôle mineur, et historiquement, c’est souvent le plus difficile.

Si l’on examine leur profil de gouvernance, Paul VI et Léon XIV présentent des traits communs : un tempérament réfléchi, institutionnel et peu populiste, un sens aigu de l’unité ecclésiale et le souci de traduire les institutions pastorales en structures stables. Mais il ne faut pas trop forcer l’analogie entre le pape Montini et le pape Prevost. Paul VI a gouverné une Église culturellement hégémonique, tandis que Léon XIV le fait dans un contexte de sécularisation avancée ; Léon XIV possède une vaste expérience de la pastorale latino-américaine, ce qui n’était pas le cas de Paul VI, et le cadre médiatique et l’exposition publique d’il y a cinquante ans sont radicalement différents de ceux d’aujourd’hui.

Le processus synodal va-t-il se poursuivre ?

Oui, le processus synodal se poursuivra avec Léon XIV, mais pas au même rythme, ni dans le même style, ni avec la même emphase rhétorique que pendant le pontificat de François. À mon avis, l’essentiel est de comprendre quel type de continuité on peut attendre.

La synodalité n’est plus seulement « le projet de François », mais un cadre ecclésiologique de référence opérationnel, exprimé dans des documents, des structures créées, l’implication des conférences épiscopales et des décisions déjà intégrées dans la vie ordinaire de l’Église. Le renverser exigerait une décision explicite et traumatisante. Rien dans le magistère de Léon XIV ne laisse présager une telle décision.

Le pape augustin, conformément à son profil de missionnaire et de gouvernant soucieux de l’unité, conduira la synodalité pour la rendre gouvernable, avec moins de langage programmatique et plus de normativité ; moins d’ambiguïté interprétative et plus de délimitation canonique ; moins de protagonisme médiatique et plus d’intégration dans les structures ecclésiales de gouvernement.

Le processus synodal ne s’arrêtera pas avec Léon XIV. Il se poursuivra dans une nouvelle phase, qui implique de passer de l’élan initial à la consolidation, de l’expérience à la structure, et du charisme à l’institution. En quelques mots : moins de bruit et plus de décisions difficiles.



Rafael Lazcano

Notes :

Rafael LAZCANO, interrogé par José Manuel VIDAL



https://www.religiondigital.org/libros/rafael-lazcano-infovaticana-publicaciones-arroparon_1_1437787.html

[1] Rafael Lazcano, Biografia de León XIV, el papa agustino, peregrino hacia Dios, Ed. San Pablo, 2025, 472 pages.






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