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Une session de réflexion sur les communautés dans l’Église

Dominique Desclin
Publié dans CEM n°150 (3/2026)


Depuis 2013 que j’y participe, la session de Maredsous, organisée chaque année fin janvier – habituellement au monastère d’Hurtebise – pour les animatrices et animateurs Sens de Foi des Équipes Populaires, est pour moi un temps de ressourcement, de réflexion, de remise en question. Elle est un lieu où je peux faire un lien entre ma foi et mes engagements. Elle est un lieu de rencontres, d’échanges avec d’autres personnes qui cherchent à vivre leurs engagements pour un monde plus juste en cohérence par leur foi.

Objectif de la session cette année : clarifier la foison de petites communautés, la place de l’institution et de l’évangile.

1e jour : Voir                                  

Le premier intervenant est Maxime Leroy, prêtre du diocèse de Lille, engagé auprès de la Mission ouvrière. Pour mieux comprendre les enjeux qui traversent l’Église aujourd’hui il retrace l’expérience des premières communautés chrétiennes des premiers siècles et comment, dans la chrétienté, des initiatives sont nées à la marge des institutions. Il en dégage des constances tout au long des siècles. Revenir à la source des origines, des communautés qui se fondent en marge des structures hiérarchiques, soit en rupture radicale, soit en contestation interne. Leur moteur est la fidélité plus grande à l’évangile. Elles veulent répondre aux besoins de la société de leur époque, elles sont inventives en matière de charité. Leur marginalité est insupportable aux yeux des institutions mais parfois elles permettent des « conversions » étonnantes (Vatican II, par ex.).

Le deuxième exposé est tenu par Jos Pirson qui souligne quelques traits de l’Église dans la société d’Europe occidentale au XXIe siècle.[1] Il nous rappelle d’abord que ce que nous prétendons désigner comme réalité est dépendant d’un cadre de référence, d’un schéma imaginé, partagé à l’intérieur d’une culture. Par exemple, les discours de l’extrême droite cherchent à imposer leur idéologie par le langage : « le vrai citoyen », « l’écologie punitive ». Ensuite il montre comment la mondialisation nous amène à la recherche d’une communauté homogène, avec le risque de considérer la différence comme une menace et l’Autre comme un ennemi. Vivre ensemble, égaux et différents est alors un véritable défi. L’Église dans ce contexte vit un processus de désaffiliation. Et dans une société de plus en plus séculière, le religieux a tendance à s’intensifier et à ériger une frontière avec le reste de la société. Ce phénomène n’est pas propre à l’Église : cette crise est universelle et systémique.

Dans l’Église cela se traduit par exemple par la réaffirmation de la figure centrale du prêtre. Pour certains, il s’agit de la fin du catholicisme, pour d’autres, s’annonce un « catholicisme éclaté ». C’est un cataclysme pour une institution obsédée par l’unité, un enjeu majeur pour d’autres.

Ces deux exposés ont été enrichis par les témoignages de membres de communautés chrétiennes. Nicole a raconté son expérience dans la communauté de Lille-Moulins. Cette communauté est rassemblée autour de la vie de quartier, avec une association de quartier, la JOC, une chorale, l’accueil des sans-papiers et des plus démunis, avec des activités d’éducation populaire mais aussi des repas, des fêtes. « Cette maison, c’est mon Église, c’est là que je vis ma foi et que je rencontre le Christ ». Monique et Jos témoignent de leur fraternité de Maredsous. Un groupe animé en alternance, dans le respect mutuel et des sensibilités différentes.

2e jour : Juger 

Dans une première intervention, Ignace Berten se concentre sur la référence aux Écritures dans les communautés. D’abord il nous rappelle le rapport aux textes bibliques à travers différentes époques et nous rappelle que ce n’est pas le texte lui-même qui est parole de Dieu mais le texte proclamé et reçu comme parole vivante. Les textes bibliques sont à interpréter, ceci se fera différemment selon le rapport entre la foi et la culture, la modernité, qui va du littéralisme à la vision de l’Écriture comme une conception mythique de la religion. Le choix des textes lus ou auxquels on se réfère dans l’Église, n’est lui non plus pas neutre.

Dans les communautés chrétiennes, diverses directions ont été prises. Dans les communautés de base qui ont inspiré la théologie de la libération, les textes bibliques ont été lus en lien direct avec ce que vivent les gens, des initiatives semblables ont été prises aussi en pastorale ouvrière. Quant aux célébrations, Ignace cite plusieurs initiatives qui transgressent les règles : eucharisties présidées par des laïcs, accueil et bénédiction de divorcés remariés et de couples homosexuels. Parfois ces initiatives sont soutenues, acceptées ou tolérées par des évêques locaux. Ces communautés ont aujourd’hui tendance à vieillir sans renouvellement.

Dans sa dernière intervention, Ignace Berten se concentre sur l’Église d’aujourd’hui. En se basant sur les chiffres publiés par la conférence épiscopale belge, il affirme que l’Église est dans une impasse : « Notre Église est devenue minoritaire et de ce fait beaucoup plus dispersée ». Pour penser l’avenir autrement, il faut prendre en compte quatre points de blocage : le système paroissial devenu obsolète, la fonction théologique et institutionnelle du prêtre (le cléricalisme), la conception sacramentelle des ministères et enfin, la place des femmes dans l’Église catholique. Un autre défi est celui de la montée des tendances identitaires. Pour Ignace Berten, la question principale est : de quoi les communautés, les chrétiens ont-ils besoin pour vivre leur foi, la célébrer et trouver un appui dans leur vie de baptisés ? Il invite ainsi à déconstruire la figure traditionnelle du prêtre et à repenser l’ensemble des ministères à partir des besoins des communautés. Il propose par exemple d’instituer des délégations sacramentelles pour les sacrements, envisagées comme des mandats, limités à une communauté et dans le temps. Alors que le système paroissial devient obsolète, il s’agit pour lui d’imaginer un autre modèle possible, une utopie dans le sens d’une force imaginative et mobilisatrice.

3e jour : Agir 

Cette dernière journée est consacrée aux initiatives concrètes. Elle a commencé par le témoignage de la communauté de Glain, lieu de réflexions basées sur le voir/juger/agir pour partager, échanger sur des sujets d’actualité en faisant le lien avec le message de Jésus. Ensuite c’était au tour de la communauté du Vivier, dans le diocèse de Cambrai, de nous parler de ce qui les unit : partages, conférences, temps bibliques et célébration. Leur objectif étant de regrouper les personnes du monde rural pour un développement solidaire, dans une recherche de sens et de foi.

Ce qui me plait particulièrement dans cette session est que chaque journée commence par un temps de méditation préparé par un petit groupe en lien avec l’étape de travail de la journée. C’est donc une session basée sur le « voir, juger, agir ». Pour le « voir », une préparation est proposée à chacun.e. Cette année, il s’agissait de nommer et de décrire brièvement des communautés chrétiennes auxquelles on appartient. La session est ponctuée de temps de carrefour où les temps plus « théoriques » sont articulés avec les expériences vécues.


Dominique Desclin

Notes :
[1] Joseph Pirson propose une présentation plus développée et élargie de cette communication ci-dessus aux pages 19-29.   


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