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"Diocèse de Namur : Concubinage notoire" ? [1]

Paul Verbeeren
Publié dans HLM n°183 (3/2026)

« Cher amis futurs prêtres, ne vous effrayez pas si, à certaines heures, vous êtes tourmentés et si, à l’occasion, votre cœur saigne. Notre société, en même temps qu’elle la banalise, absolutise la relation amoureuse et sexuelle… Le charisme du célibat, même authentique et éprouvé, laisse intactes les inclinations de l’affectivité et les pulsions de l’instinct…

Le prêtre doit éviter les apartés au clair de lune avec une jeune animatrice ou une maman catéchiste. Il doit s’arranger pour ne pas être là quand les enfants au camp se lavent, ou se changent. Il doit maintenir une saine distance, la distance d’une table, disait-on volontiers naguère. »

Nous pourrions croire que ces propos datent d’une époque révolue… Il n’en est rien. Ils ont été repris textuellement dans l’homélie prononcée par Mgr Warin à l’occasion de l’ordination presbytérale de Boris Houengnissou le 26 juin 2022, homélie par ailleurs entièrement consacrée au thème du célibat.

Aussi dès mon retour ai-je pris la plume pour interpeller notre évêque :

« Quant à l’homélie, je me disais que vous auriez pu évoquer l’évangile du jour, ou l’actualité d’une Église en chemin synodal, ou les bouleversements du monde qui nous invitent à davantage d’engagement évangélique et à réparer nos communautés dispersées, ou à nous référer à la manière dont le Christ lui-même a vécu sa vocation de pasteur, de guérisseur des corps et des âmes, de Révélateur d’un Dieu qui n’est qu’amour… mais vous vous êtes tout entier plongé dans un dossier qui, s’il féconde certainement de nombreuses vies consacrées, en abime tant d’autres, dans un contexte où le discours traditionnel de l’Église (depuis seulement quelques siècles d’ailleurs !) sur la famille, sur la sexualité, sur la virginité, sur le célibat… s’oppose de manière frontale avec l’évolution de notre société sécularisée qu’il serait injuste de taxer de laxiste ou de corrompue. S’il est impérieux que vous abordiez ces questions de face avec les séminaristes et les futurs prêtres dans le contexte actuel où l’engagement au célibat fait partie intégrante de l’ordination sacerdotale, je suis d’avis qu’elles sont tout à fait accessoires dans une saine compréhension des ministères, voire même qu’elles polluent leur lecture lorsqu’elles sont avancées comme vous l’avez fait comme axe de la vocation presbytérale. Je prétends que cette question n’est que disciplinaire et non théologique, et qu’affirmer le contraire est un raccourci intellectuel qui heurte la rationalité contemporaine. Nous savons tous que pendant des siècles l’ordination des prêtres n’était pas conditionnée à l’engagement au célibat, et nous connaissons tous les raisons historiques et pastorales de cette évolution. Si ce verrou est toujours en vigueur (et j’espère le moins longtemps possible), le porter comme thème central d’une homélie dans le cadre d’une ordination me paraît terriblement clivant. J’espère que Boris sait ce qu’il fait… »

Et un peu plus loin : « Si la réalité des perversions affectives et sexuelles a heureusement bousculé nos naïvetés, et cela bien au-delà de l’Église, une présentation de la vie sociale et de la mixité comme étant d’abord une source de dangers me parait très problématique, particulièrement dans le cadre d’une ordination. Et si le célibat est perçu comme un accélérateur potentiel de ce type de danger, ce que votre homélie laissait supposer, comment peut-on y envoyer des jeunes prêtres avec la menace d’une déchéance s’ils n’y restaient pas fidèles ? Vous savez comme moi combien de femmes et d’hommes sont aujourd’hui contraints à une forme d’hypocrisie par rapport à cette réalité. »

L’évêque m’a heureusement répondu, mais en me rappelant combien de nombreux prêtres vivent un célibat heureux. D’après lui, il s’agit de la réponse la plus pertinente à l’invitation de Jésus lorsqu’il dit : « Viens, laisse tout et suis-moi » tandis que les apôtres répondent « Eh bien ! nous, nous avons tout laissé pour te suivre ». Le raccourci est loin de m’avoir convaincu.

***

Le 30 janvier dernier, le site CathoBel s’est fait l’écho d’une publication nécrologique concernant l’abbé Maurice Léonard, émanant entre autres de sa compagne. C’est sous le titre « "Sa compagne de vie" annonce le décès d’un prêtre retraité du diocèse de Namur : l’évêché réagit… » que Joël Rochette, vicaire général du diocèse, a répondu aux questions de la rédaction :

« L’évêché n’était pas informé de cela. Nous en sommes surpris et un peu circonspects. Nous ne savons pas bien quel était ce lien avec cette dame, ni ce que signifie l'expression utilisée "compagne de vie" pour un homme de plus de 80 ans. En l'occurrence, je ne suis vraiment pas sûr qu'il y avait une vie maritale… (sic !) 

Par le passé, l'évêché a pu prendre connaissance de (quelques) cas avérés de prêtres vivant en couple. La procédure est alors claire : le prêtre est appelé à rencontrer son évêque qui lui rappelle l'engagement qu'il a pris au moment de son ordination et lui demande de le respecter. Et ensuite ? "Si la vie maritale se poursuit après plusieurs demandes de l'évêque, le prêtre ne peut plus conserver sa mission canonique. Mais si celui-ci est retraité, on ne peut plus faire grand-chose..." Certains prêtres vivent des situations parfois anciennes, d'ambiguïté relationnelle. Et puis, il y a aussi quelques cas, très rares, de prêtres vivant sans complexes une vie double. »

Le vocabulaire et les critères déployés dans cet argumentaire ne manqueront pas de nous étonner : « cas avérés », « ambiguïtés relationnelles », « vie double sans complexe », « on ne peut plus faire grand-chose »… et surtout l’horreur s’il y avait une « vie maritale ».

Cette annonce n’est cependant pas la première, ce qui n’a pas échappé au site traditionnaliste « Riposte Catholique » qui titre « Diocèse de Namur : Concubinage notoire ? » où un lecteur rappelle l’annonce publiée par « sa compagne » du décès de Marc Otjacques en septembre 2025. Rappelons que Jean-François Thiébault avait lui-même rédigé son faire-part « d’enciellement » en février 2020 en mentionnant sa compagne, ce qui n’a pas empêché une foule très nombreuse de venir lui rendre hommage, un hommage où les prêtres concélébrant (alors que l’intéressé avait expressément notifié qu’il ne souhaitait pas de concélébration !) ont été rudement pris à partie par un orateur longuement applaudi.

Mais au-delà de ces considérations sur les relations féminines de ces trois prêtres, un autre constat s’impose : l’absence de mention des autorités ecclésiastiques et des confrères prêtres sur ces faire-part de décès. Cette absence inédite ne révèle-t-elle pas combien la situation relationnelle et amoureuse d’un clerc semble avoir priorité, dans le crédit que l’Institution lui accorde, sur une éventuelle infidélité à l’Évangile ou à la communauté humaine que représente l’Église, alors que la norme franchie n’a d’autre portée que disciplinaire et pourrait très bien être modifiée sans atteindre à la communion de foi ?

Une situation d’un autre ordre corrobore cette impression : en 2014, un jeune prêtre du Sud de la Province de Luxembourg avait quitté le ministère presbytéral dans le cadre d’une relation amoureuse. En fonction de sa formation théologique et pédagogique, l’inspecteur de religion catholique de l’époque l’avait engagé pour un remplacement en religion à l’Athénée de Bastogne. C’était sans compter sur le véto exprimé par le vicaire épiscopal de l’enseignement de l’époque qui, trois mois après son entrée en fonction, a refusé sa désignation, le privant par le fait-même du salaire qui devait lui être versé. Si la raison n’a pas été évoquée publiquement, elle atteste du degré d’impertinence que cette situation représente aux yeux de l’autorité ecclésiale.

                                                                               

Paul Verbeeren

Notes :
[1] D’après le titre repris au site Riposte Catholique du 27 janvier 2026.


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